Jusqu’à l’âge de 23 ans, Bailey a en effet brûlé les étapes de l’ascension sociale plutôt que les départs en starting-block. Propriétaire avec son frère d’une boîte de marketing à succès, il possédait à 21 ans sa propre maison. Et une Porsche.
A la fin des années 80, alors que le Canada expiait la faute de Ben Johnson, disgracié pour dopage à Séoul, Bailey ne soupçonnait pas qu’il serait un jour le vengeur de l’honneur national bafoué.
«Je suis tombé amoureux du basketball. Et quand j’ai quitté l’école en 1985, j’ai continué à jouer les week-ends», explique-t-il.
L’athlétisme ne figurait en effet pas au premier rang des priorités du jeune Donovan, qui avait pourtant couru au débotté en 10”65 à l’âge de 16 ans. Si bien que, deux ans plus tard, il valait un fort modeste 11”37 sur 100m.
Il fallut attendre sept ans de plus pour le voir faire une entrée aussi fracassante qu’inattendue sur la piste. A 23 ans, et sans entraînement spécifique, il signait un étonnant 6”70 sur 60 mètres pour dépanner l’équipe de la York University.
Vers 9”70?
Donovan avait mordu à l’hameçon, même si sa progression entre 1991 et 1993 fut régulière mais peu impressionnante. Il lui fallut attendre 23 ans pour descendre sous les 11 secondes et 26 pour signer un premier chrono de niveau mondial (10”03).
Tout bascula pour Bailey aux championnats du monde de 1993 à Stuttgart. Là, l’entraîneur américain Dan Pfaff vint le voir et lui dit: «Tu es nul mais tu as les moyens de devenir l’homme le plus rapide du monde. Si tu me fais confiance, nous y arriverons».
Deux ans plus tard, Bailey remportait le titre mondial à Göteborg en 9”97. L’an dernier à Atlanta, l’or olympique et un record mondial de 9”84 suivirent.
A deux mois de son 30e anniversaire, il est arrivé à Athènes légèrement malade et blessé, mais convaincu qu’il courrait plus vite que jamais.
«Je sais que je peux courir beaucoup plus vite que mon record du monde et si je fais la course parfaite — ce qui n’est encore jamais arrivé —, alors je pense qu’on verra le record du monde amélioré substantiellement. Autour de 9”70, peut-être mieux», a-t-il dit.
Bailey ne semble pas encore au niveau de forme requis pour tenir parole même s’il a fait beaucoup parler de lui dans un ridicule et lucratif 150m à Toronto.
C’était du cirque. A Athènes, ce sera du sérieux. (Reuter)


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