Le 6 septembre, la grande métropole australe sera fixée sur son éventuel avenir olympique, et saura si elle est préférée à Athènes, Buenos Aires, Rome et Stockholm pour organiser les premières olympiades en terre africaine.
Trois mois plus tard, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir, annoncera si le Parlement sud-africain continuera à siéger dans l’ancien bastion britannique.
Apparemment indépendantes, les deux questions pourraient bien être liées. Considérée comme une des villes les plus élégantes, prospères et touristiques du pays, Le Cap fait en effet des envieux. Obtenir les JO et garder le Parlement: pour beaucoup, un tel doublé serait de trop.
Selon le comité de candidature pour les Jeux de 2004, ceux-ci injecteront 30 milliards de rands (6,6 milliards de dollars) dans l’économie nationale. La plus grande partie de cette manne bénéficiera à la ville elle-même, qui devrait créer 100.000 emplois et s’inscrire définitivement au catalogue des destinations touristiques les plus prisées au monde.
A l’inverse, le déménagement de l’Assemblée législative à Pretoria coûterait 10.000 emplois et quatre milliards de rands à la ville, estime l’Alliance des citoyens du Cap pour le Parlement.
Si Le Cap l’emporte le 6 septembre, les partisans de l’installation de la Chambre à Pretoria fourbissent leurs arguments.
Le compromis
de 1910
«Le lobby de Pretoria dit que si nous gagnons les Jeux, ce sera une compensation suffisante à la perte du Parlement», affirme Kallie Hanekom, directeur général de l’Alliance des citoyens.
«Le Parlement restera toujours ici. Les Jeux viendront, puis repartiront, mais nos adversaires vont utiliser cet argument autant qu’ils le pourront. Ce facteur va beaucoup jouer», ajoute-t-il.
Un député de l’ANC, qui requiert l’anonymat, confirme que les partisans d’un déménagement du Parlement entendent lier les deux questions.
«Pour moi, cela ne fait aucun doute, le Parlement déménagera. Il le faut. Mais si Le Cap obtient les Jeux, cela facilitera notre tâche au moment d’annoncer la décision. Nous aurons moins l’air de les priver de quelque chose», dit-il sous l’œil approbateur d’une dizaine de ses confrères.
Au sein des cabinets ministériels, on se refuse à tout commentaire: le président Mandela a donné de strictes consignes en ce sens.
Pour la société sud-africaine, la question du siège du Parlement est aussi controversée aujourd’hui que lors de la création, en 1910, de l’Union sud-africaine, devenue république en 1961.
En réunissant les républiques boers d’Orange et du Transvaal et les colonies britanniques du Cap et du Natal, les pères fondateurs de l’Union avaient préféré ne pas trancher l’épineuse question du choix de sa capitale. Ils offrirent donc le gouvernement à Pretoria, le Parlement au Cap, la Cour Suprême à Bloemfontein, et... un chèque de consolation à Durban.
En 1996, les juristes chargés de rédiger la nouvelle constitution de l’Afrique du Sud multiraciale s’étaient à nouveau refusés à désigner une capitale unique. Le Parlement, avaient-ils décidé malgré l’avis contraire de 201 des 400 députés à l’Assemblée nationale, resterait au Cap.
Les jeux sont faits
«Cette question est extrêmement sensible, souligne Hanekom. Même le débat sur l’avortement (légalisé le 1er février dernier) a fait moins de vagues».
Peter Malukela, conseiller municipal à Pretoria, a récemment jeté un pavé dans la mare en déclarant publiquement que quatre ministres de haut rang s’étaient prononcés en faveur du déménagement des députés dans sa ville.
Les intéressés ont tous nié avoir tenu de tels propos, et le Cabinet du président Mandela a précisé que la décision finale, après un processus national de consultation, reviendrait aux députés eux-mêmes.
Mais le mal était fait, et l’intervention de Malukela avait déclenché la colère des partisans du Cap. Dans sa fureur, Gerald Morkel, ministre de la province du Cap occidental, est même allé jusqu’à proférer des menaces de sécession. Le lendemain, il a reçu un coup de téléphone de Mandela, désireux de calmer le jeu.
Officiellement, la balle est désormais dans le camp d’un comité ministériel spécial, où siègent le ministre des Transports, fervent partisan de Pretoria, celui des Finances, natif du Cap, et leurs homologues en charge du Développement constitutionnel et des Travaux publics.
Officieusement, à en croire certains parlementaires de l’ANC, la décision est déjà prise. Avant de l’annoncer, les autorités s’emploient à en mettre au point la justification.
Un député de l’ANC, qui préfère pourtant Le Cap, tient le déménagement pour inéluctable: «Si Le Cap n’obtient pas les JO, ça pourrait prendre un peu plus de temps, mais à mon avis, ça ne fait plus aucun doute». (Reuter)


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