M. Eltsine, en vacances sur les bords de la Volga, a souligné dans un communiqué diffusé par le Kremlin que la décision de repousser ce texte — ardemment soutenu par Alexis II, le chef de l’Eglise orthodoxe russe, et les communistes et nationalistes majoritaires à la Douma — avait été «difficile».
«Il n’y a pas de doute que la loi est nécessaire», a expliqué le président, en rappelant que les députés avaient voté à une très large majorité pour le texte le 23 juin. «Elle doit protéger la santé morale et spirituelle des Russes et ériger des barrières solides contre les sectes radicales, qui portent un grand préjudice à la santé et au psychisme des citoyens de notre pays».
«Mais plusieurs dispositions de la loi portent atteinte aux droits constitutionnels et aux droits de l’homme, établissent une inégalité entre différentes confessions, et contredisent les engagements internationaux de la Russie», a poursuivi M. Eltsine.
«La signature de la loi sous la forme adoptée par la Douma (Chambre basse du Parlement russe) conduirait inévitablement à l’isolement des confessions traditionnelles russes. Surtout, cela pourrait être un prétexte à des conflits religieux à l’intérieur du pays».
Quatre religions
Selon le texte, dont le but affiché est de lutter contre la prolifération des sectes en Russie, seuls l’orthodoxie, le bouddhisme, l’islam et le judaïsme sont des religions traditionnelles en Russie et peuvent être pratiquées en toute liberté.
Le projet de loi prévoit de soumettre les autres confessions, y compris catholique et protestante, à des restrictions, les obligeant notamment à prouver qu’elles existent en Russie «depuis plus de quinze ans» pour pouvoir être enregistrées.
En demandant aux députés de revoir leur copie, M. Eltsine se range aux arguments des détracteurs du projet de loi, qui voyaient parfois dans ce projet un mépris nationaliste pour toutes les religions «importées».
Le pape Jean-Paul II avait personnellement écrit à Boris Eltsine le 24 juin pour lui demander de repousser ce texte, mettant en garde contre ses «discriminations». Le souverain pontife avait alors souligné que cette loi pourrait être discriminatoire envers les catholiques.
Les représentants de confessions protestantes comme les baptistes et les adventistes avaient également plaidé pour un rejet du texte en l’état.
Mais le patriarche Alexis II, avec lequel Boris Eltsine entretient généralement d’excellentes relations, avait au contraire «instamment» prié le président russe de signer cette loi, et affirmé que son rejet entraînerait «une déstabilisation spirituelle et morale en Russie».
Les musulmans de Russie soutenaient également le texte. Le président du conseil des muftis de Russie, Ravil Gaïnoutdine, a «regretté» la décision de M. Eltsine.
«Il n’y a pas de lois idéales, seule la loi de Dieu est parfaite. Mais celle-la satisfaisait les intérêts des musulmans russes», a-t-il indiqué à l’agence Interfax. (AFP)


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