Les ouvriers ont presque achevé la restauration de la façade du Bolchoï, grâce à une subvention de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et du gouvernement russe.
Mais l’intérieur du bâtiment offre un tableau moins réjouissant. Les toilettes et les cages d’escalier souffrent du manque d’entretien. Le plâtre s’effrite et les sanitaires sont hors d’usage. Encore plus alarmant, une fissure de 10 centimètres est apparue dans le mur arrière de l’édifice qui date du XIXe siècle.
Détruire
l’art russe
Le problème est si pressant qu’après la dernière représentation de la saison le directeur artistique du Bolchoï Vladimir Vasilliev a prévenu: «Je ne peux pas exclure l’éventualité d’un effondrement de cette partie du balcon».
M. Vasilliev a affirmé que les difficultés financières du théâtre pourraient retarder l’ouverture de la saison 1997-1998, en automne.
Même Nina Ananiashvili, une des ballerines les plus adulées de Russie et soliste au Bolchoï, a reconnu que «la gloire du Bolchoï s’estompe».
Des difficultés financières ont également frappé le huitième concours international de ballet qui s’est tenu à Moscou le mois dernier, écornant encore davantage l’image du ballet russe, dont sont pourtant issus des danseurs légendaires comme Maya Plisetskaïa, Rudolf Noureiev et Olga Lepeshinskaïa.
Le concours a été remporté par Andreï Batalov, qui est soliste au thèâtre Marrinski de Saint-Petersbourg depuis 1994.
Les organisateurs avaient prévenu que le non-versement par le gouvernement d’une subvention de deux milliards de roubles (près de 350.000 dollars) les forceraient à interrompre l’évènement.
Le ministère de la Culture avait promis de financer la prestigieuse compétition – y compris les 60.000 dollars de prix – quand le comité organisateur n’a pas trouvé de sponsors.
Finalement, le gouvernement est intervenu, mais non sans que le prestige de la compétition en prenne un sérieux coup.
«Notre ballet était quelque chose dont nous pouvions être fiers, mais plus aujourd’hui», a déclaré Igor Pochinski, un imprésario qui a soutenu des artistes pour l’événement et qui a aidé des danseurs russes comme Vladimir Malakov à construire une carrière internationale.
«Au lieu de dominer la scène mondiale comme autrefois, nous en sommes réduits à demander l’aumône. Même au Bolchoï, ils se sont habitués à entendre: «Vous n’êtes pas les meilleurs, mais ça ira». Ce n’est pas seulement une honte, c’est aussi détruire l’art russe».
Ces problèmes ne devraient pas être une surprise, selon Michael Shannon, un Américain qui vit en Russie depuis dix ans et qui fut le premier étranger à obtenir une place convoitée au Bolchoï depuis la révolution russe de 1917.
«Dans un pays où les gens ne reçoivent pas leurs salaires pendant des mois, personne ne va se préoccuper des arts. Il ne s’agit pas d’une marchandise négociable comme le pétrole ou les diamants», dit-il.
«J’aime la Russie»
Travaillant actuellement à la renaissance du Théâtre russe impérial, M. Shannon a dû se tourner vers des compagnies occidentales, comme le géant des télécommunications Lucent Technologies pour trouver un financement.
«Nous vivons au jour le jour, mais c’est la cas pour tout le monde dans les milieux artistiques»? se lamente-t-il.
Les problèmes qui frappent le ballet russe vont sans doute aller en empirant car les meilleurs danseurs partent à l’Ouest, attirés par des propositions financières avec lesquelles aucune compagnie de théâtre russe ne peut rivaliser.
Le résultat est la perte d’une génération entière de solistes, ce qui se révèlera encore plus désastreux dans le futur, quand la Russie n’aura plus de solistes pour diriger ses écoles de ballet.
«J’aime la Russie et j’aime notre ballet», a commenté un soliste du Bolchoï qui a demandé à garder l’anonymat.
«Mais alors que je n’ai pas les moyens de nourrir ma famille, les artistes des compagnies (européennes et américaines) voyagent autour du monde et achètent des maisons. Je partirai d’ici quand j’en aurai l’occasion et je n’aurai aucune raison de revenir», décrète-t-il (AFP).


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