Abassi Madani est une figure charismatique de l’islam politique algérien.
Trapu, alerte, le regard pétillant de malice, la barbe rousse taillée en collier, le port de tête tantôt humble, tantôt plein de défi, M. Madani, 66 ans, est un orateur médiocre sur la forme mais persuasif sur le fond.
Il a toujours défendu deux thèses dans ses discours, au débit lent: le renversement du pouvoir «taghouti» (tyrannique) en place et l’instauration en Algérie du premier Etat islamique du Maghreb.
Il a forgé des formules qui l’on rendu célèbre: «L’islam n’est pas un self-service, c’est un tout».
Né en 1931 à Sidi Okba, palmeraie du sud-est algérien, M. Madani suit d’abord les cours de l’école coranique, avant de s’engager dans le mouvement nationaliste. Il ne peut cependant mener à bien l’attentat contre le siège de la radio d’Alger, le jour même du déclenchement de la guerre d’indépendance, le 1er novembre 1954, et se retrouve en prison pendant les sept années que durent les combats.
Boursier en Grande-Bretagne de l’Algérie indépendante, il obtient un doctorat d’Etat en pédagogie, qui lui ouvre les portes de l’institut des sciences sociales d’Alger, dont il fait un vivier au service de l’islam politique.
Une ascension fulgurante
Sa fulgurante ascension commence après les sanglantes émeutes d’octobre 88. Forçant la décision des autres chefs islamistes, il proclame la création du premier parti islamiste algérien, le FIS. Légalisé en septembre 1989, le FIS se gonfle à vue d’œil de plusieurs centaines de milliers d’adhérents, essentiellement des jeunes laissés - pour - compte.
En juin 1990, Abassi Madani conduit le FIS à sa première victoire lors des premières élections locales pluralistes depuis l’indépendance. Il se comporte alors en successeur virtuel du président Chadli Bendjedid, en fin de mandat. Il présente le FIS comme le «dépositaire de la légitimité populaire» contre l’ancien parti unique, le Front de libération nationale (FLN), usé par trente ans de pouvoir absolu.
La guerre du Golfe donne en 1991 au FIS l’occasion d’organiser d’impressionnantes démonstrations de force en faveur de l’Irak dans les grandes villes d’Algérie, défiant l’armée algérienne.
L’appel de M. Madani à une «grève générale illimitée» en mai-juin 1991 pour forcer M. Bendjedid à organiser des élections anticipées tourne à l’épreuve de force. L’armée décrète l’état de siège le 5 juin 1991 et arrête les principaux chefs islamistes, dont M. Madani.
Le FIS remporte néanmoins en décembre 1991 les premières législatives pluralistes. Ce raz-de-marée islamiste est suivi par la destitution du président Bendjedid, l’annulation du scrutin et la proclamation de l’état d’urgence.
La dissolution du FIS en avril 1992 ouvre la voie à la constitution de groupes armés islamistes, dont les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait plus de 60.000 morts. (AFP)


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