Aujourd’hui, on le redécouvre à l’Aula du Kulturzentrum dans Chopin, Debussy, Ravel. Pianiste russe, Victor Bunin sort du Conservatoire de Moscou en 1961. Il a été également l’élève de S.E. Feinberg, l’un des plus éminents professeurs de l’école de piano russe. De nombreux concerts l’ont conduit en Italie, en Yougoslavie, aux Etats-Unis, en Irlande, en Syrie…
Par ailleurs, il est l’auteur d’ouvrages pédagogiques en matière musicale et on lui doit les arrangements musicaux de nombreux films ou téléfilms. Menant une carrière de concertiste et d’enseignant, Victor Bunin donne des cours de «maîtrise» dans de nombreux pays (Russie, Etats-Unis, Irlande, Italie) et à l’occasion au Liban.
Pour les férus du piano, Victor Bunin a concocté un programme de choix, au Kulturzentrum. Tout d’abord du Chopin. Des œuvres denses, puissantes et chargées de poésie. Deux nocturnes op.55 (No. 1 et 2) et une sonate op.58 avec quatre mouvements alliant majesté et gravité. En ouverture de ce concert, la nostalgie poignante de Chopin, poète et prince du clavier; jaillissement complexe mais si pur et si riche de ces grappes de notes échappées à une vision tourmentée. Galop rapide et énergie d’enfer pour ces arpèges doublés des expressions les plus démentielles et les plus émouvantes de la douleur et de la passion humaines. Aveux frémissants, vertige des confusions, palpitations secrètes. La voix pleine d’une rêverie à la fois tourmentée et radieuse de l’amant de George Sand, pour qu’on l’entende entière, nécessite toujours un souffle coupé…
Les «images» (première série) de Debussy ramènent dans la salle une atmosphère moins emportée, moins «romantique» plus moderne. Images sonores somptueuses suivies des «Reflets dans l’eau» et de l’«Hommage à Rameau» où la narration de l’auteur de «Pelléas et Mélisande» est d’une éclatante fluidité.
Pour terminer Ravel, «Gaspard de la nuit», inspirée des poèmes d’Aloysius Bertrand, cette œuvre renferme la transparente «Ondine» aux notes d’une liquescente pureté, le «Gibet» aux harmonies étranges soutenues par une pédale lancinante et surtout «Scarbo» qui dépeint le nain difforme «pirouettant sur un pied». «Scabo» est sans doute l’une des partitions pour piano les plus difficiles qui soient car la virtuosité demeure soumise à la recherche de la couleur et de l’expression.
Le talent de Bunin est splendide. Les sonorités, qui ont inondé une salle au public peu nombreux mais recueilli, ont donné la preuve éclatante du talent de ce maître du clavier dont la force et l’intensité d’interprétation de partitions périlleuses et ardues, se maintiennent sans rupture. Rien n’était dépourvu d’expression dans les versions qu’il a proposées.
Edgar DAVIDIAN


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