La joie se lit sur le visage de tous les Cubains auxquels le journaliste étranger — rompant le silence des médias officiels cubains — annonce l’identification formelle du corps du «Che» en Bolivie où il a été tué en octobre 1967.
Les mêmes questions fusent aussitôt: «Comment l’a-t-on identifié, avait -il les mains coupées?» Tous savent en effet que les militaires boliviens avaient coupé les mains du «guérillero héroïque» et que celles-ci sont conservées aujourd’hui à La Havane, telles des reliques d’un saint laïque.
Si le quotidien Granma du Parti communiste (au pouvoir) a «informé le peuple» jeudi dernier que des ossements découverts en Bolivie étaient probablement ceux du guérillero, les médias officiels cubains observaient encore dimanche un mutisme total quant à leur identification formelle samedi dernier par une équipe d’experts cubains et argentins.
«Lorsqu’il arrivera ici, tout le peuple sera là pour l’accueillir: celui qui est avec Fidel (Castro), celui qui est avec la Révolution comme celui qui est contre», assure Mercedes, derrière son étal sur la place de la cathédrale de La Havane où elle vend des objets-souvenirs du «Che».
«Le peuple l’aimait beaucoup: il a été un exemple d’homme dans tous les sens du terme», ajoute cette petite commerçante âgée de 45 ans qui propose aux touristes des pyrogravures à l’effigie du «guérillero héroïque», des bérets étoilés ou des portraits du «Che». Ce médecin argentin, compagnon d’armes de Fidel Castro et guérillero en Afrique et en Bolivie, est «la seule figure réellement internationale de la Révolution cubaine», remarque-t-elle.
«S’il avait survécu, beaucoup d’erreurs n’auraient pas été commises», juge Araisi, 57 ans, en mettant la dernière main à une sculpture. «Le «Che» était communiste bien avant Fidel», ajoute-t-il aussitôt.
«Il n’aurait pas laissé le pays devenir aussi dépendant de l’URSS et nous ne serions pas aujourd’hui dans cette situation économique», intervient alors Tania, 26 ans, en faisant allusion à la «période spéciale», le régime d’économie de guerre mis en place lors de l’effondrement du camp socialiste européen qui subventionnait l’île jusqu’alors.
Tania n’était pas née en 1967, mais elle a été élevée dans le souvenir du Che, tout comme Gertrudis, la jeune guide de la forteresse de la Cabana dominant le port de La Havane, où le chef guérillero avait installé son QG après la fuite du dictateur Fulgencio Batista le 1er janvier 1959.
Toutes deux, comme les autres enfants cubains, ont appris à l’école et chez les Pionniers qu’il faut «être comme le Che»: aussi héroïque, dur à la tâche, sincère, juste, tendre: la liste des qualités à égaler est sans fin…
«Le corps du Che doit revenir à Cuba. Ici, il a toute sa famille et ses compagnons d’armes: Fidel et Raul: (le frère et successeur désigné du président cubain)», constate Gertrudis qui ne revendique pas pour la forteresse de la Cabana l’honneur d’accueillir définitivement sa dépouille: «il est en fait resté peu de temps ici», explique-t-elle.
Car si l’unanimité se fait en faveur d’un retour à Cuba, les opinions divergent sur le lieu précis où doit reposer le «guérillero héroïque». Les uns plaident pour la majestueuse Place de la Révolution de La Havane, où une sculpture à son effigie fait face à celle de Jose Marti, le père de l’Indépendance cubaine. D’autres remarquent qu’un complexe monumental lui est déjà dédié dans la ville de Santa Clara (centre de Cuba) et y voient le lieu logique de la sépulture du «Che», là où il remporta sa plus éclatante victoire militaire contre les soldats de Batista. (AFP)


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