Cette transaction de 11,6 milliards de dollars (par échange de titres) «est surprenante», a déclaré Pierre Chao, un spécialiste du secteur de la firme d’investissement Morgan Stanley.
Il était généralement admis dans les milieux spécialisés que la grande vague de restructuration du secteur de la Défense s’était terminée avec le rachat pour 9,5 milliards de dollars, de Hughes Aircraft par Raytheon en janvier, a-t-il poursuivi.
La fusion Lockheed Martin-Northrop Grumman est «une excellente combinaison stratégique qui crée un concurrent dont la taille et la masse permettent de contrebalancer le poids du groupe Boeing/McDonnell», a expliqué M. Chao. La fusion des deux avionneurs a été approuvée mardi par les autorités anti-trust américaines et le département de la Défense.
«Je pense que le rapprochement entre Lockheed Martin et Northrop a été inspiré à la fois par la contraction du budget militaire et le mariage entre Boeing et McDonnell», a-t-il ajouté.
Avec McDonnell Douglas, Boeing devient non seulement le premier avionneur mondial avec 60% du marché des avions commerciaux contre 57% auparavant, mais il récupère surtout les contrats militaires juteux de McDonnell. Ensemble, leur chiffre d’affaires annuel s’élevera à 48 milliards de dollars contre seulement 27 milliards pour Lockheed. En avalant Northrop Grumman, le chiffre d’affaires de Lockheed remonte à 37 milliards.
De plus, Northrop, qui construit le bombardier furtif B2, apporte à Lockheed Martin son savoir-faire dans l’électronique de défense où il n’est pas très actif, ont relevé des analystes. Northrop travaille aussi beaucoup pour la Marine américaine et ce contrairement à Lockheed Martin qui est surtout engagé avec l’armée de l’air.
Les deux groupes collaborent aussi sur des programmes de défense majeurs tels que celui du futur chasseur multirôle «the Joint Strike Fighter», le F-22, l’avion de combat de la nouvelle génération, l’Apache, l’hélicoptère d’attaque et l’AWACS, le système de détection avancée en vol.
Fondamentalement, cette fusion reflète la forte contraction du budget militaire aux Etats-Unis. «En fait il n’y a pas suffisamment d’argent pour maintenir en vie individuellement tous les groupes en présence», a-t-il dit.
Le PDG de Lockheed Martin, Norman Augustine, a expliqué jeudi dans une interview à la chaîne financière CNBS qu’il valait mieux, dans le contexte de concurrence globale, avoir «deux ou trois groupes solides» qu’une dizaine de sociétés vivotant sur des budgets de défense drastiquement réduits.
Les restructurations devraient désormais se faire parmi les petites et moyennes entreprises, surtout des sous-traitants des grands groupes, estime-t-on dans les milieux spécialisés.
La forte réduction du budget du Pentagone qui a suivi l’effondrement de l’empire soviétique, combinée à une crise de l’aéronautique civile au début des années 90, a précipité la restructuration de l’ensemble des industries militaires.
En 1987, les industries aérospatiales et électroniques américaines réalisaient 56% de leur chiffre d’affaires avec le Pentagone alors que le budget de la Défense connaissait un niveau record. Cette proportion est tombée à 34% en 1996, ce qui représente 38,3 milliards de dollars, selon les statistiques de l’Aerospace Industries Association, le groupement professionnel représentant le secteur. De 1989 à 1995, le secteur aérospatial et électronique a perdu 41% de ses effectifs, passés de 1,1 million à 786,000.


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