«Cinquante à soixante pour cent des esturgeons de la Caspienne ont disparu et si la pêche illégale se poursuit au même rythme, dans un avenir proche ces poissons disparaîtront», avertit Mohammad Pour-Kazemi, responsable d’un centre de recherche sur les esturgeons.
Ce poisson qui a une apparence préhistorique peut mesurer jusqu’à dix mètres et enfermer plusieurs dizaines de kilos de caviar dans son ventre.
Pour les autorités iraniennes, le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan sont les principaux responsables de la pêche illégale de ces poissons et de la contrebande de quelque 200 tonnes de caviar par an.
«Sur les 450 tonnes de caviar présentées aux marchés internationaux, 250 tonnes ont été officiellement exportées par l’Iran et la Russie et le reste est exporté illégalement par ces trois pays», a déclaré Mohammad-Reza Hosseini, directeur de production et d’exploitation de la Société nationale de pêcherie (SNP).
Depuis plusieurs années et notamment depuis la disparition de l’URSS, la Caspienne est devenue une mer convoitée par les contrebandiers des pays riverains.
Jusqu’en 1991, la pêche et la production du caviar étaient le monopole de Téhéran et de Moscou qui exerçait un contrôle très étroit sur la pêche dans cette mer bordée par l’Iran et quatre républiques de l’ex-URSS: Russie, Kazakhstan, Turkmenistan et Azerbaïdjan.
En six ans, le développement de la pêche sauvage et la pollution industrielle et pétrolière des eaux de la mer ont provoqué l’appauvrissement des ressources et donc la baisse de la production de caviar.
Mesures sévères
«En 1981, l’URSS a pêché quelque 25.000 tonnes d’esturgeons alors qu’en 1996, ce chiffre n’a pas dépassé 1.800 tonnes», a indiqué M. Pour-Kazemi, cité par la presse.
Rassoul Lahidjanian, directeur de la SNP, souligne de son côté que cette année 20 millions d’alevins de différentes variétés d’esturgeons seront lâchés dans la Caspienne.
L’Iran, qui a exporté quelque 100 tonnes de caviar en 1996, espère en produire cette année quelque 130 tonnes.
Au début des années 90, le pays produisait en moyenne 160 tonnes de caviar par an.
Pour éviter la chute de sa production, l’Iran impose fermement depuis deux ans l’interdiction de pêcher par des filets au maillage trop serré. Les autorités ont versé quelque 25 millions de dollars aux pêcheurs pour «racheter» leurs autorisations de pêche.
La pêche au filet menace chaque année la vie des millions d’esturgeons qui sont encore trop jeunes pour porter des œufs.
Considéré comme le meilleur du monde, le caviar iranien est produit dans les deux provinces côtières de Ghilan et de Mazandaran, dans le Nord du pays.
Environ 80 à 90% du caviar mondial, selon différentes sources, provient de la mer Caspienne.
Réunis en juin à Harare, les pays membres de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES) ont décidé de soumettre à un commerce contrôlé vingt-trois espèces d’esturgeon, menacées par la surexploitation, ainsi que le caviar.
Cette disposition concerne spécialement l’esturgeon pêché en mer Caspienne en raison de la contrebande.
La décision de la CITES, en faisant porter la responsabilité des contrôles sur les pays importateurs, vise à tarir la demande pour le caviar illégal et donc à décourager le braconnage. (AFP)


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