«Mon impression dominante quant au transfert de souveraineté est que je peux désormais être arrêté ou renvoyé en Chine à n’importe quel moment», témoigne Lu Siqing, porte-parole du Centre d’information sur les droits de l’homme et le mouvement démocratique en Chine.
Le Bureau de sécurité publique en Chine, autrement dit la police chinoise, a prévenu ses parents qu’il risquait d’avoir des problèmes s’il restait à Hong Kong après le transfert de souveraineté.
Lu Siqing a trouvé refuge à Hong Kong en 1992, après avoir fui, comme de nombreux autres dissidents, la répression qui suivit l’écrasement sanglant du mouvement étudiant du «printemps de Pékin», sur la place Tiananmen, le 4 juin 1989.
Nombre de ses compagnons ont finalement trouvé refuge dans des pays tiers, mais Lu Siqing et quelques autres ont décidé de rester aux-delà de la restitution du territoire à la Chine, le 1er juillet, après 156 ans d’autorité britannique.
«Au regard de la loi, nous ne sommes ici que des immigrés clandestins. D’hier à aujourd’hui, la situation a radicalement changé,» estime Lu Siqing.
Malgré la promesse faite par la Chine à Hong Kong que le territoire jouirait d’un haut degré d’autonomie, Lu Siqing souligne que dissidents et manifestants courent le risque d’être arrêtés et poursuivis.
Comme beaucoup, Lu Siqing ne croit pas à la vision d’avenir du président chinois Jiang Zemin, qui répète à l’envi que Hong Kong et la Chine resteront parfaitement distincts en vertu de la politique de réunification prônée par Pékin: «Un pays, deux systèmes».
La Chine, estime-t-il, finira par dévorer Hong Kong. Selon lui, «le paradis ne peut coexister près de l’enfer.»
Ce n’est pas pour autant que les Hongkongais devraient adopter une attitude soumise et passive face au régime de Pékin en attendant que celui-ci veuille bien leurs accorder les droits qu’ils n’oseraient pas revendiquer à voix haute, estime Yang Kang, un autre dissident qui a également décidé de rester.
Au contraire, les habitants du territoire doivent rester fidèles à leurs convictions et se battre pour leurs droits. «Hong Kong devrait cesser de nourrir l’illusion que la Chine va longtemps répugner à tuer la poule aux œufs d’or,» souligne-t-il.
Yang Kang et sa famille ne disposent pas d’une autorisation de séjour permanent à Hong Kong, et il est convaincu que les nouvelles autorités ne la lui délivreront jamais. Il est inquiet à l’idée d’être un jour renvoyé en Chine.
Yang Kang a passé quinze mois dans les geôles chinoises à la suite de la répression du «printemps de Pékin». Il est arrivé à Hong Kong en 1995 pour fuir les persécutions dont il faisait l’objet du fait de ses activités clandestines en faveur de la démocratie.
L’ancien gouvernement de Hong Kong a aidé de nombreux dissidents chinois à trouver refuge à l’étranger avant le transfert de souveraineté, et Yang Kang fait partie de ceux qui avaient reçu l’assurance d’un soutien.
Il s’estime aujourd’hui trompé par le gouvernement colonial britannique, qui l’a persuadé de rester à Hong Kong en lui promettant un permis de séjour permanent et la destruction de son dossier d’immigré clandestin.
«Dans les derniers temps de l’autorité britannique, le gouvernement de Hong Kong ne voulait plus que nous soyions un poids pour eux. Lorsqu’ils se sont rendus compte qu’aucun pays ne voulait de nous, ils nous ont persuadés de rester. Mais j’ai découvert récemment que mon droit de séjour va arriver à expiration en mai 1998, et après je peux être renvoyé en Chine», explique Yang.
Les dissidents ne sont pas les seuls à nourrir des inquiétudes sur l’évolution de la situation politique à Hong Kong.
Six inspecteurs de police ont démissionné juste avant la rétrocession de peur de se voir contraints à violer les droits de l’homme dans le cadre de leurs fonctions.
«A la lumière d’événements tels ceux du 4 juin (1989), nous ne voulons pas servir dans la Région administrative spéciale,» a déclaré l’ancien inspecteur de police Chik Ki-wai.
Chaque année, des milliers de Hongkongais se rassemblent pour une cérémonie à la mémoire des victimes de la répression.
Certains craignent que cette manifestation soit interdite à l’avenir, bien que le nouvel homme fort de Hong Kong, Tung Chee-hwa, ait promis que les manifestations pacifiques seraient autorisées.
«Que va-t-il se passer le 4 juin prochain? Nous sommes une force disciplinée. Si nos chefs nous demandent de tirer, il nous faudra tirer ou c’est nous qui mourrons,» a ajouté Chik Ki-wai.
De même, il explique qu’il se serait retrouvé dans une situation très délicate s’il avait reçu l’ordre d’arrêter les membres du Parti démocratique qui ont manifesté le 1er juillet au balcon du Parlement.
«Qu’est-ce que j’aurais fait? Est-ce que je leur aurais mis des menottes? Si je l’avais fait, je me serais rendu ridicule aux yeux de la communauté internationale» constate-t-il.
«Le problème, c’est que le rôle de la police devient de plus en plus politique. Je ne veux pas être un homme politique. Je veux juste être un policier,» soupire-t-il après vingt et un ans de carrière. (Reuter)


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir