D’importants investisseurs spéculatifs, comme les fonds de placement américains, ont apparemment décidé de jouer le prix du métal jaune à la baisse, explique l’expert Andy Smith de l’Union de Banques Suisses (UBS).
Depuis deux séances, le cours de l’ors’enfonce graduellement sur le London Bullion Market. Le prix d’une once (31,103 grammes) passait mardi sous la barre des 334 dollars, pour la première fois depuis plus de quatre ans.
Le naufrage est graduel et mouvement n’a rien à voir avec les mouvements nerveux de matières premières comme le café ou le cuivre. Cependant, le Bullion Market fait aujourd’hui face à une impressionnante vague de ventes qui s’ajoute à six mois d’intense déprime.
«Tout le monde vend, pensant que le prix ira encore plus bas», explique un analyste de la banque d’affaires londonienne SBS Warburg.
L’expert Andy Smith pense discerner dans ce mouvement la volonté de gros investisseurs américains de pousser le cours sous le seuil des 325 dollars l’once.
Certains évoquent des ventes à terme par des producteurs miniers australiens, d’autres la liquidation de métal par des marchands de Hong-Kong qui avaient surestimé les achats d’or dans le territoire avant la rétrocession à la Chine.
Pour Andy Smith, le cours pourrait décliner bien plus si les producteurs d’Afrique du Sud, qui pour le moment ont restreint leurs ventes dans l’espoir d’une remontée du cours, se mettaient à eux aussi à écouler à tout va.
Le mouvement n’est pas sans rappeler le déclin sévère de 1984 et 1985 alors qu’un dollar fort se conjuguait à une faible inflation, explique M. Smith. En février et mars 1985, le cours avaient glissé jusque sous les 290 dollars/once.
Les même ingrédients semblent réunis aujourd’hui: les taux d’intérêt américains élevés et la vigueur du dollar attirent les investisseurs sur les marchés obligataires et les marchés des changes, au détriment de l’or.
La Réserve fédérale américaine semble avoir trouvé la recette pour allier forte croissance et inflation modérée. Le métal jaune perd, du coup, son rôle traditionnel de valeur refuge en cas de tension inflationniste.
Le métal tend parallèlement à perdre de son éclat auprès des gouverneurs des banques centrales. C’est un mouvement de fond, explique Andy Smith. A l’image de la Banque centrale suisse, les banquiers centraux sont de plus en plus tentés de se défaire de leurs réserves en métaux précieux au profit de réserves en devises.
Le Parlement suisse a accordé, à la mi-juin, à la Banque nationale suisse (BNS) plus de liberté dans la gestion de ses réserves, lui accordant pour la première fois le droit de prêter son or pour en tirer des revenus.
La BNS a été parallèlement autorisée à réduire la proportion d’or qu’elle doit détenir dans ses réserves. Avec environ 2.500 tonnes de métal, ses coffres contiennent le cinquième stock d’or dans le club des banques centrales.
Le changement d’attitude en Suisse pourrait préfigurer des mouvements similitaires dans d’autres pays. Pour la première fois depuis des mouvements similaires dans d’autres pays. Pour la première fois depuis des siècles, l’or n’est plus un métal à stocker dans des coffres, mais un simple objet de parure ou un métal utile à des industries de pointe. Des prix beaucoup plus faibles sont à craindre dans les années à venir, prévoit l’expert d’UBS. (AFP)


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