«Hong Kong était le premier test sur la voie de la consécration et on peut dire que l’essai est réussi», a estimé un diplomate occidental. «Jiang s’est efforcé d’apparaître comme un dirigeant responsable d’une Chine unie et puissante, alors que beaucoup de téléspectateurs le découvraient pour la première fois».
Mais la rétrocession de la colonie n’était qu’une étape et l’essai ne sera véritablement transformé qu’au 15e Congrès du parti, comme l’a souligné lundi l’éditorial du Quotidien du Peuple, organe du parti, en appelant «tous les cadres du parti et le peuple chinois à s’unir derrière la direction du président Jiang Zemin et à regarder désormais en direction du 15e Congrès».
Cette grand-messe, orchestrée tous les 5 ans, est le moment de vérité pour tous les dirigeants qui se sont succédé, après s’être affrontés pour le contrôle du pouvoir.
Depuis la mort en février de Deng Xiaoping, l’ancien patriarche du régime, Jiang Zemin, 71 ans, qui cumule les postes de chef de l’Etat, du parti et de l’armée, s’efforce de se défaire des habits de dauphin qui lui collent à la peau et veut être reconnu comme le digne successeur de son mentor.
«Tous les coups sont permis au Congrès et les rivaux de Jiang ne lui feront pas de cadeau», a commenté un autre diplomate.
Et les règlements de compte ont déjà commencé.
Tous les analystes ont ainsi noté l’absence remarquée lors des cérémonies officielles sur Hong Kong de Qiao Shi, président du Parlement, et troisième personnage dans la hiérarchie du régime.
«Qiao Shi a été délibérément écarté des festivités par Jiang, alors que (le premier ministre) Li Peng, numéro 2 du régime, a lui été très présent, à Hong Kong et à Pékin», a relevé ce diplomate, en soulignant que «le partage des rôles entre Jiang et Li fonctionne plutôt bien».
Déficit idéologique
Mais Qiao Shi n’a certainement pas dit son dernier mot et les réunions préparatoires au Congrès qui seront organisées cet été, probablement dans la station balnéaire de Beidaihe (sud-est de Pékin), risquent d’être animées.
Jiang Zemin ne pourra vraiment s’imposer comme dirigeant suprême que s’il engage un début de réforme politique, estiment toutefois nombre d’analystes. «La réussite économique de la Chine est attribuée au vice-premier ministre Zhu Rongji, son ancien bras droit lorsqu’il dirigeait Shanghai. Mais sur le plan des grandes orientations, Jiang souffre d’un déficit idéologique et politique très net», souligne un observateur de la politique intérieure chinoise.
Le retour de Hong Kong à peine achevé, le numéro un chinois doit maintenant s’attaquer sans tarder à un défi beaucoup plus ambitieux: la réunification avec Taiwan.
«C’est une mission sacrée dévolue à tout candidat à la direction suprême», rappelle cet expert.
Mardi soir, à peine de retour de Hong Kong, Jiang Zemin a exhorté les autorités taiwanaises à s’inspirer de l’exemple de l’ancienne colonie britannique pour prendre des «mesures concrètes» en vue de la réunification.
Taipeh a immédiatement réagi en affirmant que le concept d’«un pays, deux systèmes», qui permettra à Hong Kong de conserver son autonomie et son régime capitaliste pendant 50 ans, ne peut pas s’appliquer à Taïwan.
Déjà en janvier 1995, une «proposition en 8 points» adressée par Jiang au président taiwanais Lee Teng-hui avait été sèchement écartée par Taipeh.
Le président Lee s’était même payé le luxe de faire un pied-de-nez à Jiang en effectuant quelques mois plus tard une visite «privée» aux Etats-Unis, qui avait déclenché la colère de Pékin et réduit à néant les efforts de dialogue entre l’île et le continent.
«Jiang a alors été critiqué au sein du parti et il se doit aujourd’hui de faire preuve d’imagination, a souligné un diplomate. Mais la voie est étroite, très étroite». (AFP).

