La plupart des experts à Tokyo s’attendent à ce que Kim Jong-Il, 55 ans, prenne officiellement la tête du parti unique et de l’Etat cette année, alors que son père, le maréchal Kim Il-Sung, est décédé le 8 juillet 1994. Cette prise de fonctions marquerait l’avènement de la première dynastie communiste du monde.
Une étape significative vers cette investiture a été la promotion en avril par Kim Jong-Il de quatre vice-maréchaux, un général quatre étoiles, huit généraux trois étoiles et plusieurs dizaines d’officiers supérieurs.
Mais bien qu’il n’ait pas encore accédé à ces fonctions officielles, Kim Jong-Il est d’ores et déjà le maître de la Corée du Nord, ayant de facto pris les rênes du pays à la mort de son père. Aucune décision importante ne peut être prise sans son aval, estiment les analystes.
Désigné dauphin de Kim Il-Sung depuis les années quatre-vingt, nommé commandant suprême des forces armées en décembre 1991, Kim Jong-Il est un personnage énigmatique qui cultive le secret sur sa personne. Très peu de personnalités étrangères peuvent se vanter de l’avoir rencontré. Encore moins savent quelque chose sur sa vie quotidienne.
Le symbole le plus récent de son caractère imprévisible a été le mois dernier ses critiques inattendues autant que virulentes dirigées contre l’aide alimentaire internationale fournie à son pays, hanté par le spectre d’une famine et enlisé dans une grave crise économique.
«Rien n’est plus trompeur et dangereux que de nourrir des espoirs dans l’aide impérialiste», avait-il lancé, stigmatisant «la nature agressive et prédatrice de l’impérialisme».
Tandis que Kim Il-Sung a exercé un règne absolu pendant presque un demi-siècle, la capacité de Kim junior à garder durablement les rênes du pays reste à démontrer, le nouveau maître de la Corée du Nord étant, de l’avis des experts, loin de posséder le charisme et la force de caractère de son père.
S’ajoutent les incertitudes qui entourent l’avenir du régime du fait de la crise économique aiguë qui secoue ce pays coupé du monde extérieur à laquelle s’ajoute une grave pénurie alimentaire depuis 1995 en raison de deux années d’inondations catastrophiques.
Kim Jong-Il a cependant déjà fortement imprimé sa marque dans la conduite du pays. Les experts le considèrent comme l’architecte en chef de la stratégie d’ouverture en direction des Etats-Unis suivie depuis 1994, Pyongyang espérant à terme arracher à Washington une reconnaissance diplomatique.
Le pragmatisme prêté à Kim Jong-Il est illustré par le contraste entre, d’un côté, la rhétorique enflammée de la propagande qui évoque régulièrement des risques d’une guerre imminente dans la péninsule coréenne et, de l’autre, les efforts d’ouverture du pays dont le dernier semble la volonté de Pyongyang de participer aux discussions de paix.
Entouré d’un culte de la personnalité grandiloquent, Kim Jong-Il est assez souvent apparu en public ces derniers mois à l’occasion d’inspections d’usines, de fermes collectives ou d’unités de l’armée. La population nord-coréenne n’a cependant jamais entendu sa voix lors des grandes manifestations publiques.
Né vraisemblablement le 16 février 1942 à Khabarovsk, ville de l’Extrême-Orient russe où son père s’était exilé pour échapper à l’armée japonaise, Kim Jong-Il a fréquenté une université en Allemagne de l’Est où il serait devenu un «spécialiste d’économie».
Passionné de cinéma et lui-même metteur en scène, il serait timide et vivrait beaucoup la nuit. (AFP)

