Le tribunal administratif du Caire a considéré comme un «abus de pouvoir» le décret du ministre de la Santé Ismaïl Sallam, promulgué en juillet 1996 et interdisant l’excision — l’ablation vers l’âge de dix ans du clitoris et des petites lèvres — par le corps médical.
«Le décret du ministre revient à une interdiction absolue de l’excision puisqu’il la considère comme une opération, donc du ressort exclusif du personnel médical, et qu’il interdit à ce dernier de la pratiquer dans tout établissement médical public, ou privé», affirme le tribunal dans ses attendus.
Le décret du ministère n’avait jamais été rendu public dans son intégralité jusqu’à présent.
Entouré de quelques femmes lançant des youyous de victoire devant le tribunal, cheikh Youssef Badri, qui utilise systématiquement les prétoires pour imposer sa vision islamiste de la société, était content.
«Dieu soit loué, nous avons gagné et allons appliquer l’islam», s’est exclamé le principal instigateur du procès qu’il a intenté avec d’autres islamistes, des médecins, des avocats et un gynécologue.
Pour le tribunal, «le ministère ne peut décider seul par décret d’interdire, donc de criminaliser, une pratique sur laquelle n’existe pas de consensus parmi les oulémas», les docteurs en droit islamique.
La cour note que «selon la constitution, seul le Parlement peut décider de ce qui constitue un crime, et par conséquent le décret du ministre est contraire à la loi».
Le ministère de la Santé a donc aujourd’hui deux solutions: il peut présenter un projet de loi qui a peu de chance d’être adopté, car l’excision est une pratique largement admise, et peu de députés iront à l’encontre de cette coutume.
Il peut sinon s’adresser au Conseil d’Etat mais c’est cette instance qui, jugeant l’excision licite même si l’islam ne la rend pas obligatoire, avait recommandé le 20 mai au tribunal administratif d’annuler la décision du ministre de la Santé Ismaïl Sallam.
Le mufti d’Egypte, cheikh Nasr Farid Wassel, avait ensuite promulgué une fatwa (décret religieux) affirmant que l’excision «est licite» mais pas obligatoire pour l’islam qui laisse à la famille le libre choix concernant cette question.
Selon une étude gouvernementale récente, 97% des Egyptiennes — musulmanes comme chrétiennes — sont excisées et 4,3% des opérations se font dans un hôpital gouvernemental contre 70,5% à la maison ou chez des voisins et 23,5% dans des cliniques privées.
De jeunes filles meurent parfois d’infections ou d’hémorragies consécutives à leur excision.
Huit Egyptiennes sur dix sont favorables à la poursuite de l’excision car elles estiment qu’il s’agit d’une «bonne tradition», «d’une affaire de propreté» et que «c’est requis par la religion», selon la même étude.
Présentes au tribunal, des militantes féministes ont annoncé qu’elles poursuivraient leur lutte contre l’excision.
«Ce jugement va non seulement à l’encontre des droits de la femme mais aussi à l’encontre du code pénal égyptien qui contient une clause interdisant toute mutilation de l’être humain», a déclaré Mme Siham Abdel Salam, médecin et membre de l’Organisation égyptienne pour la population et le développement, une ONG.
«L’excision n’a rien à faire avec la religion, c’est une tradition venue d’Afrique à travers le commerce. En Egypte elle est pratiquée par les musulmans comme par les chrétiens, en Ethiopie elle est également pratiquée par les juifs, alors que dans des pays musulmans comme l’Iran et la Turquie ce n’est pas pratiqué du tout», a-t-elle dit.


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