Le commissaire européen aux Affaires monétaires, Yves-Thibault de Silguy, a estimé devant des journalistes italiens qui l’interrogeaient sur la France que le critère de passage à la monnaie unique qui interdit un déficit budgétaire supérieur à 3,0% ne devait pas être appliqué comme un couperet.
«Il n’est pas question d’appliquer trop brutalement et simplement le chiffre de 3%», a-t-il déclaré selon son porte-parole, qui rapportait les propos tenus devant ces journalistes.
«Il y a une petite marge d’appréciation, mais il ne faut pas prendre de risque avec la crédibilité de l’euro, ce qui implique une application stricte de l’ensemble des conditions du traité», a-t-il souligné selon son porte-parole.
Yves-Thibault de Silguy ne fait ainsi que rappeler ce que dit le traité, qui permet une certaine souplesse pour les Etats membres en proie, comme la France ou l’Allemagne, à des difficultés pour respecter les critères à la lettre.
Un déficit est excessif, peut-on lire dans l’article 104c du traité, si la barre des 3% est dépassée «à moins que le rapport n’ait diminué de manière substantielle et constante et atteint un niveau proche de la valeur de référence».
Cette lecture contredit toutefois l’interprétation orthodoxe du traité qu’en fait le ministre allemand des Finances, Theo Waigel, qui ne cesse de marteler que «3%, c’est 3,0%».
Jospin fera
le nécessaire
Yves-Thibault de Silguy s’est aussi montré optimiste quant aux chances de l’Italie de se qualifier pour l’euro en réduisant à temps son déficit en 1997, année dont les performances seront prises en compte pour sélectionner ses membres.
Il a donné un satisfecit au programme de convergence italien, qui sera examiné mercredi par le comité monétaire européen, puis le 7 juillet par les ministres des Finances des Quinze, alors que les experts allemands se montrent critiques sur la «durabilité» des réformes entreprises par Rome.
«Les objectifs sont bons, les domaines appropriés», a-t-il dit. «Le moment de vérité sera en septembre, quand le gouvernement présentera des mesures spécifiques».
Mais s’il s’est placé dans le camp des partisans de la souplesse, le commissaire a rappelé au nouveau gouvernement socialiste que la France avait pris des engagements en matière de réduction des déficits dans son programme de convergence.
Le premier ministre Lionel Jospin a ordonné un audit des finances publiques et est resté vague sur les mesures qu’il compte prendre si, comme les analystes le prévoient, le seuil de 3,0% est — trop — largement dépassé en 1997.
Pendant la campagne électorale, les socialistes avaient promis de ne pas imposer un nouveau plan d’austérité.
«Il n’y a pas de droit automatique à faire partie de l’euro», a expliqué son porte-parole Patrick Child.
La Commission semble cependant rassurée par la «détermination» à réussir l’euro affichée par Lionel Jospin le 19 juin, lors de son discours de politique générale.
«M. de Silguy a tiré la conclusion que le gouvernement français prendra donc toutes les mesures nécessaires pour parvenir à cet objectif», a expliqué son porte-parole.

