«Je ne peux pas laisser cette affaire traîner des semaines», a dit le prince Ranariddh, premier co-premier ministre du Cambodge, qui a précisé qu’il était en pourparlers avec les rebelles khmers rouges dissidents. Il a ajouté qu’il demeurait convaincu que Pol Pot était vivant, même s’il était très malade.
Selon des informations non confirmées circulant à Phnom Penh, Pol Pot, qui a fait régner la terreur au Cambodge en 1975-1979, aurait été capturé dans le nord du Cambodge par ces dissidents.
Devant le scepticisme qui entoure les informations sur la réapparition du chef rebelle après 17 ans de clandestinité, Norodom Ranariddh a reconnu que «la situation n’était pas très claire» et que «les informations étaient contradictoires».
Le prince a déclaré que les dissidents n’avaient posé aucune condition et n’avaient pas encore fixé de date pour le transfert de Pol Pot, mais qu’il était de leur intérêt de le livrer.
En ce qui concerne les préparatifs des Nations Unies en vue de créer un tribunal international pour juger Pol Pot, le prince a souligné: «L’ONU ne peut rien faire, tant que nous n’avons pas de preuve certaine qu’il est vivant».
Le prince Ranariddh et l’autre co-premier ministre du Cambodge Hun Sen ont demandé dimanche à l’ONU d’aider à «poursuivre en justice les responsables (cambodgiens) de génocide et crimes contre l’humanité».
Les deux hommes sont néanmoins en désaccord quant aux noms de ceux qui doivent être jugés.
Le prince Ranariddh a estimé que le dirigeant khmer rouge Khieu Samphan, «premier ministre» des rebelles, devait bénéficier d’une amnistie, ce que refuse Hun Sen, lui-même un ancien Khmer Rouge.
Le département d’Etat américain a affirmé lundi que les Etats-Unis étaient prêts à aider les Cambodgiens à faire juger par un tribunal international «d’anciens dirigeants khmers rouges responsables de génocide, y compris Pol Pot».
L’homme de Pékin...
Selon des informations de presse non confirmées, le secrétaire d’Etat américain Madeleine Albright s’est entretenu de la constitution de cette éventuelle instance avec son homologue canadien, Llyod Axworthy, le week-end dernier lors du sommet du G8 à Denver (Etats-Unis).
Mais sa mise sur pied par les Nations Unies rendrait nécessaire l’assentiment de la Chine. Or, Pékin s’est déclaré mardi opposé à un éventuel jugement de l’ancien dictateur cambodgien par un tribunal international. «La question des Khmers Rouges, qui inclut le problème de Pol Pot, est une affaire intérieure du Cambodge et relève du peuple cambodgien», a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Cui Tiankai.
Pol Pot, responsable de la mort d’au moins 2 millions de Cambodgiens, a bénéficié pendant des années du soutien de Pékin, jusqu’à ce qu’il devienne un allié un peu trop encombrant. M. Cui a cependant souligné que Pékin n’avait plus aucun lien avec les Khmers Rouges.
Ce refus de la Chine n’a pas surpris les observateurs ni les mouvements de défense des droits de l’homme au Cambodge. «Pol Pot a toujours été considéré comme l’homme de Pékin», a rappelé mardi un diplomate occidental à Phnom Penh.
De leur côté, MM. Claude Martin, secrétaire général adjoint du ministère français des Affaires étrangères, et Yukio Imagawa, ancien ambassadeur du Japon au Cambodge, dont l’envoi a été souhaité au sommet de Denver, étaient attendus mercredi dans la capitale cambodgienne.
Ils devraient aider, selon Phnom Penh, à «résoudre les problèmes politiques» du Cambodge et préparer les prochaines élections législatives dont la date a été fixée mardi, à mai 1998, par les deux co-premiers ministres de ce pays. (AFP)


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