Une décision imminente de l’ONU, qui devrait prolonger de quelques mois sa présence militaire, ne sera qu’un sursis: le 15 janvier au plus tard, Zagreb aura repris le contrôle de ces 2.500 km2 dans l’extrême est de son territoire.
«Je suis obligé d’être optimiste parce que je n’ai pas le choix», confie le leader des Serbes modérés Vojislav Stanimirovic.
Juste avant sa réélection le 15 juin, le président Franjo Tudjman l’a répété dans les décombres de la gare de Vukovar: pas question d’un retour de la totalité des 180.000 Serbes qui ont fui la reconquête de leur ancienne «République serbe de Krajina».
«Personne ne pourra nous y forcer», a insisté M. Tudjman, dont les affiches électorales, où on le voit conduisant la nation à l’assaut de la Slavonie orientale, n’ont pas disparu des murs, côté croate de la ligne de démarcation.
«Si les réfugiés serbes ne peuvent pas rentrer chez eux, alors les réfugiés croates ne pourront pas rentrer non plus», avertit M. Stanimirovic, président du Parti indépendant démocratique serbe (SDSS).
100.000 Croates ont fui la Slavonie orientale lors de la poussée serbe en 1991, participant ainsi au chassé-croisé de réfugiés.
Depuis le bureau de M. Stanimirovic, on voit les ruines de Vukovar, quasiment rasée après trois mois de pilonnage par l’artillerie serbe et des massacres de centaines de civils loins d’être oubliés.
Au-delà du Danube qui sert de frontière, s’étale ce qui reste de la Yougoslavie — la Serbie, préfère-t-on dire ici. Belgrade est à 120 km à peine deux fois plus près que Zagreb, et le trafic est dense sur les ponts d’Erdut et d’Ilok, ou sur le ferry de Vukovar.
Pourtant, rares sont ceux qui envisagent aujourd’hui de traverser pour de bon le fleuve pour un nouvel exode.
Sur ce point du moins, M. Stanimirovic et son adversaire politique direct, le chef de la faction dure Goran Hadzic, sont du même avis.
«Les gens n’ont nulle part ailleurs où aller», affirme M. Stanimirovic, qui a choisi le dialogue avec le gouvernement croate.
«Si nous partons, la Croatie aura réussi son nettoyage ethnique, jette, méprisant, M. Hadzic. Je conseille aux gens de rester parce que j’espère que si les Occidentaux ont dépensé autant d’argent ici, ce n’est pas pour rien, et qu’ils maintiendront la pression sur la Croatie».
Pas de bureau officiel à Vukovar pour M. Hadzic, qui reçoit dans l’arrière- salle d’un bar. Il a pourtant régné deux ans, en 1992 et 1993, sur la «République serbe de Krajina» proclamée sur un quart du territoire croate.
Au-dessus de lui, la dernière photo de l’équipe locale de football, SK Sloga, date de 1984. L’actualité n’est pas une évidence pour les radicaux serbes. A Erdut, dans une boucle du Danube à 20 km au nord de Vukovar, le drapeau serbe flotte toujours sur leur QG, sous la plaque: Région serbe de Slavonie orientale, président de la région.
C’était la dernière fonction — caduque, même s’il le nie — de M. Hadzic, que la justice croate s’apprête à inculper pour crimes de guerre.
Le mandat de l’Administration transitoire de l’ONU (ATNUSO) et de ses 5.000 soldats s’achève dans trois semaines, et on s’attend généralement à ce qu’il soit prolongé de quelques mois, malgré l’opposition de Zagreb.
Nombre de problèmes, en tête desquels le retour toujours impossible des réfugiés, restent à résoudre, admet M. Souren Seraydarian, numéro deux de l’ATNUSO.
Au QG de l’ONU à Vukovar, il énumère les objectifs.
Il s’agit surtout de «créer les mécanismes pour le retour dans les deux sens de toutes les personnes déplacées (…) 12.000 en Slavonie se sont portées candidates au retour, moins de 100 ont reçu leur autorisation, et 35 ou 40 sont effectivement parties».
Le nerf de la paix est bien sûr l’argent. Il faut reconstruire une région dévastée par la guerre, en commençant par déminer. L’ONU estime à 800.000 le nombre de mines, explique M. Seraydarian.
«Je pense qu’un dispositif quelconque d’observation sera maintenu après janvier, estime l’adjoint du général Jacques Klein. Je ne crois pas personnellement que ce sera les Nations Unies, cela pourrait être une autre organisation, l’OSCE ou la Mission des observateurs de la Communauté européenne ou une combinaison des deux».


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir