Une vaste enquête réalisée en France auprès de 4.000 personnes depuis plus de quinze ans montre que si le marché français est toujours le premier du monde en volume et en valeur, la consommation de vin régresse depuis les années 60.
Elle a presque baissé de moitié en 15 ans, avec toujours quand même une moyenne de 68 litres par an et par habitant aujourd’hui. Elle était de près de 115 litres en 1980!
Mais les Français sont devenus plus exigeants sur la qualité du vin qu’ils consomment. S’ils sont devenus des «buveurs du dimanche», préférant ouvrir une bouteille lorsqu’ils sont avec des amis et les jours de fête, ils choisissent une «bonne» bouteille et, à l’instar des Anglo-Saxons, n’hésitent pas à le déguster en guise d’apéritif.
Sans doute les Français amateurs de vins, c’est-à-dire 9 sur 10, ont-ils eu connaissance de l’étude britannique scientifique publiée début janvier dans le très sérieux British Medical Journal: la gueule de bois est incurable. Toujours est-il qu’ils ont complètement changé leurs habitudes de consommation, et s’ils boivent moins, ils boivent mieux.
Plus le repas est festif, plus la place du vin est importante et c’est peu à peu le déclin des vins ordinaires — à l’origine de sérieuses «gueules de bois» — au profit des appellations contrôlées, mieux vinifiées mais plus chères.
Alors qu’il y a quinze ans, 41% des Français buvaient du vin tous les jours, ils n’étaient plus que 22,8% en 1995. Cette habitude bien française de boire du vin à chaque repas concerne particulièrement les hommes de plus de 45 ans (200 litres par an et par personne en moyenne) et constitue l’essentiel du marché intérieur des vins ordinaires, dit «de table».
Les dernières recherches médicales ont d’ailleurs donné de sérieuses «bonnes» raisons de boire «avec modération». Le vin comme médicament? C’est le célèbre «French Paradox», qui accrédite l’idée d’un effet bénéfique du vin sur la prévention des risques cardio-vasculaires. Il serait aussi doté d’un rôle protecteur contre la maladie d’Alzheimer et la consommation d’alcool n’entraînerait nullement la baisse des capacités intellectuelles... chez les vétérans australiens de la Deuxième Guerre mondiale.
Ces raisons médicales ajoutées à la montée du dollar «provoquent un intérêt considérable pour les vins de qualité». Ces conditions favorables suscitent «une vague extraordinaire de vente dont bénéficient aujourd’hui tous les vins du monde», se réjouit Claude Taittinger, président de Vinexpo au cours duquel est organisé un «symposium scientifique pour une politique vin et santé».
Sont présents à ce salon les principaux pays producteurs, France, Italie, Espagne, Etats-Unis ainsi que ceux du Nouveau Monde (Argentine, Chili, Afrique du Sud, Australie) et des ex-pays de l’Est (Hongrie, Pologne, Bulgarie, Slovénie, Roumanie et Moldavie), soit 2.229 exposants de 39 pays.
Autre signe de la bonne santé du marché du vin: les grandes ventes aux enchères régulièrement organisées par les plus grands commissaires priseurs. La dernière en date, qui mettait en vente une partie des caves du célébrissime restaurant parisien «Maxim’s» a atteint des sommets: une caisse de douze bouteilles de Château Mouton Rothschild, premier cru Pauillac 1945, a été adjugée 520.000 francs, environ 100.000 dollars, un record.
Le petit monde du vin en France — qu’il soit rouge ou blanc — a donc toutes les raisons du monde d’être confiant et de voir l’avenir en rose.


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