Après avoir longtemps mangé du serpent, un nombre croissant de gourmets des classes moyennes de Hanoï se mettent au chat – cru, mariné, grillé, ou en marmite mongole – non seulement pour son goût mais pour ses vertus sexuelles ou thérapeutiques présumées.
Mais au fur et à mesure qu’apparaît la viande de «petit tigre» dans les assiettes des consommateurs du nord du Vietnam, les chats disparaissent des rues des villes et des campagnes, autorisant une prolifération de rats qui fait déjà évoquer par certains experts un déséquilibre écologique.
«Je tue en moyenne sept chats par jour, et cela ne suffit pas à mes clients», confie Phat, en ajoutant avec fierté que son restaurant est trés fréquenté non seulement par des Vietnamiens mais aussi par des Chinois, des Taïwanais, des Indonésiens et quelques Européens de l’Est qui viennent goûter ses cinq plats à base de viande de jeune chat.
Le fiel
d’abord
«Mes clients préfèrent le fiel et l’estomac des chats noirs qui doivent être commandés plusieurs jours à l’avance», explique le restaurateur. Et «le prix d’un chat a triplé depuis deux ans, passant de 3,5 dollars à 11 dollars».
«On peut guérir l’asthme en mangeant du chat et stimuler les capacités sexuelles de l’homme avec quatre fiels crus macérés dans de l’alcool de riz», affirme Nguyên Phi Hùng, un client.
Pourtant dans la tradition vietnamienne, les chats domestiques sont considérés comme des «amis» de la famille. Ils sont généralement nourris pour chasser les rats, à la ville comme à la campagne.
A Hanoï une dizaine de restaurants spécialisés dans le chat ont ouvert dans le seul arrondissement de Hai Bà Trung et environ 1.800 chats sont tués chaque année dans chacun de ces restaurants.
L’apparition depuis trois ans de ces restaurants a entraîné des captures massives de chats. Et comme on voit de moins en moins de chats dans la capitale, les restaurants doivent désormais se fournir dans les alentours.
«En une seule nuit, tous les chats de mon quartier résidentiel ont été volés pour être vendus aux restaurants de Hanoï et en Chine», pays consommateur de longue date, s’indigne Nguyên Quang Hoa, un viel habitant de la ville.
«A ma connaissance, au moins 200 chats sont acheminés chaque jour vers la Chine pour la fabrication médicinale et la consommation locale», explique un autre propriétaire d’un restaurant servant du «petit tigre».
Déséquilibre écologique
L’extermination des chats a commencé à provoquer un déséquilibre écologique dans l’agglomération de Hanoï: les rats se multiplient et ravagent la production agricole, parfois jusqu’à 30% des cultures dans certains districts autour de la capitale.
Selon des chiffres officiels, plus de 6.000 hectares de riz et près de 1.000 hectares de maïs ou patate douce dans la banlieue ont été détruits par les rats depuis le début de l’année en dépit de plusieurs campagnes de dératisation.
L’utilisation massive de produits chimiques pour tuer les rats a aussi, selon les experts vietnamiens, causé une grave pollution qui menace la santé de l’homme.
Faute de mieux, la municipalité a dû demander aux responsables des districts de prendre des mesures pour protéger les chats et tuer les rats de façon plus efficace. Mais «les rats ne cessent de se multiplier», selon le quotidien «Hanoi Moi».
«Si on continue aujourd’hui à tuer les chats et les serpents pour se nourrir, on devra un jour manger... des rats», commente avec ironie un écologiste qui réclame la fermeture pure et simple de tous les restaurants de «petit tigre».


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