Le retour de la colonie britannique à la Chine le 1er juillet est «une question importante dans les relations sino-américaines, susceptible d’améliorer leurs images mutuelles ou d’intensifier les suspicions réciproques», estime Kenneth Lieberthal, un sinologue à l’université du Michigan, conseiller de l’administration Clinton.
«Le plus grand danger réside dans l’escalade de problèmes provenant de perceptions conflictuelles», ajoute-t-il.
Conscients de l’enjeu que représente la question de Hong-Kong sur les intentions futures du gouvernement chinois, les responsables américains se sont préparés au pire: intrusion sans ménagement de Pékin dans les affaires locales, emprisonnement des gêneurs, micro-gestion du commerce et nomination de responsables corrompus du Parti communiste aux postes-clés.
Autant de possibles prétextes pour une escalade au moins verbale et de possibles sanctions de la part du Congrès américain, qui provoqueraient en retour l’ire chinoise, sabotant tout espoir de coopération entre le pays le plus peuplé du monde et la première puissance économique du monde.
«La Chine est en train de devenir une puissance importante», souligne Robert Manning, un spécialiste de l’Asie au Progressive Policy Institute.
«La question est de savoir quelle sorte de puissance elle va devenir: une puissance qui honore ses engagements internationaux ou qui les bafoue», s’interroge-t-il, en citant la question de l’adhésion de Pékin à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et ses engagements en matière de non-prolifération.
Bien que les relations sino-américaines se soient réchauffées de façon spectaculaire depuis un an, le réservoir de bonne volonté de part et d’autre reste ténu, Hong-Kong n’étant qu’un des points potentiels de désaccord, à côté des questions de la dissidence politique, des armes nucléaires et de Taïwan.
L’un des scénarios qui causent des cauchemars aux responsables américains est l’adoption par Pékin d’une ligne implacable à Hong-Kong, illustrée par une répression de l’opposition démocratique et l’enfoncement de l’économie dans le chaos, un message en quelque sorte adressé à Taïwan, que Pékin continue de revendiquer.
L’envoi de navires américains près de Taïwan en 1996, à l’occasion de manœuvres maritimes chinoises dans la région, a donné une idée de ce que serait une confrontation militaire, rappelle Stephen Yates, un sinologue à la Fondation de l’héritage, une institution conservatrice.
La plupart des observateurs s’attendent cependant à une issue moins violente. La Chine a besoin de Hong-Kong, dit-on, pour parvenir à la modernité de la classe moyenne à laquelle elle aspire.
Ils s’attendent par conséquent à ce que Pékin adopte, dans son intérêt bien compris, une attitude plutôt détachée vis-à-vis de Hong-Kong, laissant le territoire prospérer et facilitant ainsi une plus grande coopération économique, politique et militaire avec les Etats-Unis.
«Toutes les incitations rationnelles sont présentes pour que la Chine préserve l’autonomie de Hong-Kong», estime Stephen Yates. «La question, ajoute-t-il, reste de savoir si la Chine fera ce qu’elle sait être dans son intérêt».

