Invités de l’émission Polémiques, sur France 2, Marc Blondel (FO), Bernard Thibault (CGT), Jean-René Masson (CFDT), Alain Deleu (CFTC), Marc Vilbenoit (CGC) et Annick Coupé (Sud) ont exprimé diverses approches sur la réduction du temps de travail. Mais tous ont insisté sur l’attente des Français qui ont porté la gauche au pouvoir.
Les leaders syndicaux, qui ont tous écrit à Lionel Jospin, attendent avec impatience de connaître la date de la conférence salariale promise par les socialistes pendant la campagne électorale.
Pour Bernard Thibault, le gouvernement «pluriel» formé mercredi dernier traduit le nouveau rapport de forces exprimé par le scrutin du 1er juin, «ce qui ne veut pas dire, bien au contraire, que nous avons l’intention de lever le pied sur l’action revendicative».
«Il ne faudrait pas que les gens s’imaginent qu’il suffit de voter pour régler les problèmes; c’est l’erreur à ne pas commettre», a renchéri Marc Blondel, pour qui les problèmes de l’emploi et de la réforme Juppé de la protection sociale ne doivent pas être occultés par la question du SMIC.
«Les problèmes demeurent et les positions de la CFE-CGC, les miennes, sont les mêmes avant et après les élections», a dit Marc Vilbenoit.
Bernard Thibault a souligné que la CGT revendiquait initialement un SMIC à 8.500 F.F. et qu’il y avait donc une marge de discussions. Marc Blondel n’a pas avancé de chiffre et Alain Deleu a proposé de le porter à 5.860 FF. — soit 7% d’augmentation.
«Sortir par le haut»
Soulignant qu’il était impossible pour un ménage de vivre avec 5.000 FF par mois, Alain Deleu a estimé que le gouvernement devait se fixer un repère: «Si on avait pour objectif d’atteindre la moitié du plafond de la Sécu, ça fait 5,860 FF».
Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, avait réclamé vendredi dernier un vrai «coup de pouce» à l’augmentation du SMIC.
«Ce qui est intéressant, c’est d’essayer de voir si cette fameuse conférence sur les salaires est une conférence qui peut se tenir, quand et comment», a souligné Marc Blondel.
«Il y a quand même un moment historiquement réuni pour sortir par le haut. Ce gouvernement a une chance, l’inflation est maîtrisée, la profitabilité des entreprises est restaurée, l’hypothèque extérieure est levée, il y a une chance de faire une relance», a estimé Marc Vilbenoit.
Concernant le projet d’une réduction du temps de travail à 35 heures, la CGT, la CGC et la CFDT se prononcent pour une «loi-cadre» plus ou moins coercitive, FO doute de ses effets et la CFDT reste en retrait.
«Nous souhaitons une loi-cadre qui fixe le principe pour tout le monde (...) avec des discussions adaptées par branches, par secteurs, par catégories avec le maintien du salaire», a dit Bernard Thibault.
Le dirigeant CFDT Jean-René Masson a également prôné «une loi-cadre avec une réduction massive de la durée du travail» ainsi qu’une «obligation de négocier» et un «moyen de pression» sur les employeurs.
«Pour réduire la durée du travail, le mieux serait de la réduire partout de la même façon, d’une manière substantielle. Là, ça pourrait avoir un effet. Mais je crains que nous ne puissions le faire», a objecté Marc Blondel.
Alain Deleu a estimé pour sa part que l’on «ne réussira pas à baisser le temps de travail sans régler le problème du salaire» et que le rôle de l’Etat n’était pas «de décréter mais d’appuyer» les négociations.

