Le projet, élaboré par des professeurs de l’université de Mansoura (nord), devait légaliser «la transplantation d’organes en cas de mort définitive», ce qui impliquait la reconnaissance pour la première fois en Egypte de la mort clinique, selon des source parlementaires.
Après avoir affirmé à la mi-mars que le centre de recherches islamiques d’el-Azhar, la plus haute instance de l’islam sunnite, avait «accepté le principe» de la transplantation d’organes, le mufti d’Egypte, cheikh Nasr Farid Wassel, a multiplié les déclarations pour affirmer son opposition à la reconnaissance de la mort clinique.
«La transplantation d’organes d’un mort est licite à condition qu’il s’agisse d’un décès réel et non d’une mort clinique», a-t-il affirmé la semaine dernière.
Or, sans reconnaissance de la mort clinique, le projet était vidé de sens car la transplantation d’organes comme les reins, le cœur, le foie ne peut se faire qu’en cas de mort clinique, affirme le président du syndicat des médecins, M. Hamdi Sayyed, également député.
«La mort clinique est reconnue par plus de 90 pays, y compris une dizaine de pays arabes dont l’Arabie Séoudite où la loi islamique est appliquée», souligne M. Sayyed.
Contestation médicale
«Nous avons des «fatwa» (avis religieux) de plusieurs ulémas dont cheikh Youssef Qaradawi (un théologien égyptien de renom résidant actuellement au Qatar) reconnaissant la mort clinique, c’est-à-dire l’arrêt total du fonctionnement du cerveau, comme décès définitif», dit-il.
Selon M. Sayyed, le projet prévoyait «un comité de trois médecins pour attester de la mort clinique avant toute transplantation afin d’éviter d’éventuels abus».
Le président de l’université d’el-Azhar, Ahmed Omar Hachem, s’est cependant élevé contre «les termes utilisés par certains médecins favorables à la transplantation d’organes, comme la mort clinique ou la mort récente car Dieu nous interdit de tuer les âmes».
Mais la contestation ne s’est pas limitée aux religieux, elle a gagné les milieux médicaux. Une vingtaine de professeurs de médecine des universités du Caire, d’Aïn Chams (au Caire) et du Canal de Suez ont adressé au Parlement un mémorandum pour protester contre le projet de loi.
«Arracher des organes d’un malade en coma profond est un meurtre», affirme l’un des signataires, M. Safouat Hassan Loutfi. Selon lui, ce projet de loi légalisait en outre «le commerce des organes humains sous une appellation trompeuse car il prévoit les dons d’organes et propose que les personnes écrivent des testaments autorisant l’utilisation de leurs organes après leur décès».
«Au niveau international, les divergences persistent sur le concept de mort clinique», ajoute M. Loutfi en rappelant qu’al-Azhar avait déjà promulgué un avis religieux en 1992 interdisant la transplantation d’organes en cas de mort clinique.
Malgré tout, le président du syndicat des médecins ne désespère pas. «Le ministre de la Santé Ismaïl Sallam a élaboré un autre projet de loi sur la transplantation d’organes et obtenu l’approbation de principe d’al-Azhar, mais il ne sera peut-être discuté qu’à la rentrée parlementaire, en automne», estime-t-il.
En 1993, le Parlement avait déjà renoncé à discuter un projet de loi sur la transplantation d’organes après une campagne de protestation similaire.

