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Actualités - Chronologie

Des candidats pas comme les autres Un milliardaire soutenu par les intégristes

Homme d’influence et milliardaire le plus célèbre d’Algérie, mais connu aussi en France, Djillali Mehri, un notable soutenu par les islamistes, tente jeudi — avec de grandes chances de succès — de passer du monde des affaires à celui de la politique.
M. Mehri, qui porte tour à tour le costume strict du banquier comme la saharienne, se présente dans sa circonscription natale d’El-Oued, dans le sud-est. Il conduit une liste d’indépendants, sur laquelle figurent quelques militants du premier parti islamiste légal, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas).
Cette élection a un goût de revanche. M. Mehri avait été battu aux législatives annulées de 1991 par un candidat anonyme du Front islamique du salut (FIS - dissous), malgré des moyens démesurés par rapport à ses adversaires. Cette fois, les sondages le créditent d’un succès certain.
«Je voterai pour lui parce qu’il est riche et qu’il n’aura donc pas besoin de voler», a affirmé un jeune, cité par le quotidien «La Tribune».
Le montant de la fortune de cet homme qui possède un pied à terre à Paris et une somptueuse résidence dans une palmeraie d’El-Oued reste secret.
A la tête d’une liste pour la «réconciliation nationale» et se présentant comme «l’homme de l’espoir», M. Mehri a promis du travail aux habitants d’El-Oued, venus par milliers à ses meetings.
Il joue sans complexe de sa richesse et de son carnet d’adresses international. Ses partisans distribuent un «album» sur lequel on le voit serrant la main notamment aux présidents français Jacques Chirac et François Mitterrand, au président uruguayen, au premier ministre libanais Rafic Hariri et posant devant un luxueux bureau.
C’est à l’âge de 16 ans que ce fils de riche négociant, qui a tôt quitté l’école, s’est lancé dans les affaires. Enfant du désert, il commence par vendre des chameaux. Puis des pneus. Il passe ensuite dans l’hôtellerie et s’initie au commerce international. Il achète alors des plantations de café, puis une concession de diamants au Brésil.
Au début des années 80, il fonde à Luxembourg avec des amis arabes le GIMMO (Groupe d’investisseurs du Maghreb et du Moyen-Orient). En 1984, alors que Chaffoteaux et Maury, le fleuron français du chauffe-eau et de la chaudière à gaz menace de déposer bilan, M. Mehri reprend le groupe.
Son sens des affaires, il saura aussi s’en servir dans la diplomatie, en réussissant à conduire la Libye et le Tchad à la signature d’un accord en 1989.

l Une islamiste «politiquement
correcte», Saida Amokrane

Saida Amokrane, 30 ans, candidate — avec de bonnes chances de succès — au Parlement sous la bannière du Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas) renvoie l’image «politiquement correcte» que ce parti islamiste a pris grand soin de cultiver.
Unique représentante de sa formation à Alger, cette femme à l’allure avenante et au verbe facile, a dit sa «plus grande fierté» d’appartenir à une Algérie «arabe et islamique».
Fierté aussi de porter le «hijab» (voile islamique) dès l’âge de 15 ans et de militer dans le MSP, devenue la principale formation islamiste après la dissolution du Front islamique du salut (FIS).
Le mouvement de cheikh Mahfoud Nahnah joue à fond la carte de l’ouverture et de la modération. Il a présenté 12 candidates à la course au Parlement, dont une exceptionnellement sans hijab à Bejaia (Kabylie).
Saida Amokrane ressemble à la nouvelle image publique de son parti. En compagnie de son mari, ingénieur d’Etat et membre de la direction du Hamas, elle fréquente les chancelleries à l’heure du cocktail et s’y affiche sans gêne parmi les hommes. Entourée de militants, elle a mené sa campagne à coup de fleurs et d’autographes.
Diplômée de l’université islamique en 1992, elle exerce depuis neuf mois au ministère des Affaires religieuses le métier peu féminin d’imam-professeur.
Saida n’a pas encore perçu de salaire, mais elle est ravie de ce poste d’orientation qui lui permet d’aller au devant des jeunes et des femmes dans les prisons et les orphelinats.
Saida Amokrane ne se sent pas spécialement investie au nom des femmes. «Je suis la représentante du peuple», souligne cette femme, qui a «la politique dans la peau».
En cas de victoire, elle cherchera, comme énoncé dans le programme politique du Hamas, à «permettre aux femmes d’accéder aux postes de haute responsabilité administratives et politiques».
Mais elle ne se prend pas à rêver de magistrature suprême, une fonction traditionnellement réservée aux hommes en islam, et publiquement convoitée par cheikh Nahnah.
Mère d’une fillette de 24 mois, Saida Amokrane rêve d’un «Etat de droit» qui redonnera «la sécurité» aux enfants de l’Algérie.

l Un chef de la «rEsistance
contre les terroristes»

A pied ou en voiture, il traverse les rues de Bouira sans pouvoir répondre à tous ceux qui veulent échanger avec lui une accolade, une poignée de main. Zidane el-Mekhfi, un chef de la «résistance» contre les groupes islamistes, paraît assuré d’entrer au Parlement jeudi.
Ce maquisard de la guerre d’indépendance de 62 ans, au physique trapu, mène la liste du Rassemblement national démocratique (RND), le parti présidentiel, dans ce département à 120 kilomètres au sud-est d’Alger.
Il est sorti de sa douce retraite il y a trois ans, lorsqu’il a décidé de revêtir son treillis et d’exhumer son vieux fusil pour traquer les groupes armés islamistes dans les redoutables monts de Zbarbar, là où les groupes armés avaient tenu un congrès fédéral en avril 1992.
Seul, puis avec ses enfants, Zidane el-Mekhfi est ensuite rejoint par des hommes de tous âges au fur et à mesure que les groupes islamistes tentaient d’imposer la terreur dans la région.
Il devient rapidement un symbole, celui des «patriotes», des «hommes debout», qui après avoir combattu les Français se dressent aujourd’hui contre les «terroristes».
Aujourd’hui, el-Mekhfi est à la tête de quelque 2.000 hommes. Equipés de kalachnikov et de 4/4, ils ne se cantonnent plus à la défensive et mènent des ratissages même au-delà de Zbarbar.
«Souvenez-vous, a-t-il rappelé lors de son premier meeting, de ces jours où tous les matins on ramassait des têtes humaines jetées sur les routes et dans les rues».
Pour conjurer le péril islamiste, représenté aujourd’hui selon lui par l’ancien parti Hamas, il rappelle que «ceux qui ont promis le paradis au peuple lui ont offert l’enfer».
«Lorsque l’épouse verra son mari sortir avec la certitude de le revoir, et lorsque le mari sortira en étant sûr de retrouver sa femme, ce jour-là on aura réussi notre mission», explique-t-il.
La maison d’el-Mekhfi, dans le village haut perché de Bouderbala, est devenue le QG de la «résistance». Dans la pièce qui fait office de séjour, trônent les portraits de 98 hommes, dont des adolescents et des septuagénaires. «Ils sont morts les armes à la main, en défendant leur patrie et leur honneur», explique fièrement el-Mekhfi, en lissant sa fine moustache.
A ses électeurs, le futur député refuse de faire la moindre promesse, sinon celle de «garder son treillis et son fusil, jusqu’à l’élimination des bandes criminelles». (AFP)
Homme d’influence et milliardaire le plus célèbre d’Algérie, mais connu aussi en France, Djillali Mehri, un notable soutenu par les islamistes, tente jeudi — avec de grandes chances de succès — de passer du monde des affaires à celui de la politique.M. Mehri, qui porte tour à tour le costume strict du banquier comme la saharienne, se présente dans sa circonscription natale d’El-Oued, dans le sud-est. Il conduit une liste d’indépendants, sur laquelle figurent quelques militants du premier parti islamiste légal, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas).Cette élection a un goût de revanche. M. Mehri avait été battu aux législatives annulées de 1991 par un candidat anonyme du Front islamique du salut (FIS - dissous), malgré des moyens démesurés par rapport à ses adversaires. Cette fois, les...