Une chose est désormais pratiquement sûre: le sommet de l’Alliance qui se déroulera les 8 et 9 juillet à Madrid ne pourra, comme espéré, consacrer le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, qu’elle avait quitté en 1966.
Même s’il n’est pas du tout exclu que les socialistes changent leur fusil d’épaule dans quelques mois, les diplomates alliés estiment qu’ils ne pourront renier en un mois leur opposition clairement affichée à un retour qui était déjà hypothéqué par les divergences entre Paris et Washington.
«Les Américains ont pris contact avec nous après la dissolution de l’Assemblée nationale pour nous dire: on arrête tout», a déclaré l’un d’eux. «L’identité européenne de sécurité et de défense au sein de l’OTAN passe à la trappe».
Accélérant une timide tendance amorcée par François Mitterrand, Jacques Chirac avait décidé en décembre 1995 un spectaculaire rapprochement avec l’OTAN en annonçant le retour de la France dans la plupart des organismes de l’Alliance.
Les autorités françaises prenaient ainsi acte du refus des autres pays du Vieux Continent de bâtir une véritable défense européenne autonome de l’Alliance atlantique et faisaient le pari de la construire au sein de l’OTAN.
Le retour de la France dans le commandement intégré dépendait toutefois de la création d’une forte «Identité européenne de sécurité et de défense» (IESD).
Une partie du chemin a déjà été franchie: les Etats-Unis ont accepté que l’Union de l’Europe occidentale (UEO), bras armé de l’Union européenne, puisse utiliser les énormes moyens militaires de l’OTAN pour une opération, par exemple de maintien de la paix, à laquelle les Américains ne participeraient pas.
Mais la réforme des commandements alliés, qui est notamment destinée à adapter l’OTAN à la fin de la guerre froide en diminuant leur nombre total de 65 à une vingtaine, marque considérablement le pas depuis plusieurs mois.
Envie
Il existe déjà un accord pour que les deux commandements stratégiques de l’OTAN restent aux mains des Etats-Unis, ainsi que pour réduire de trois à deux — un au Nord, un au Sud des Alpes — le nombre de commandements régionaux en Europe.
Mais la France exige que ces deux commandements soient confiés à des Européens pour rendre l’IESD «visible», alors que les Etats-Unis refusent de «lâcher» le flanc Sud de l’OTAN.
Même si elle avait finalement commencé, après des mois de blocage total, la négociation est très mal engagée.
«Les Américains nous tapent sur la tête depuis huit mois», souligne un diplomate. «Chirac n’a plus trop envie d’y aller».
L’espoir de parvenir à un accord avant le sommet de Madrid était dès lors devenu mince et les diplomates estimaient qu’il faudrait plusieurs mois de négociations supplémentaires.
Cette option était problématique, dans la mesure où l’Union européenne doit définir en juin prochain une nouvelle Politique européenne de sécurité et de défense (Pesc), qui dépend surtout des décisions qui seront prises par l’Alliance atlantique.
Les responsables de l’OTAN estiment que la possibilité de parvenir à un accord en juillet avec le nouveau gouvernement socialiste est désormais pratiquement nulle.
Le résultat du deuxième tour a d’ailleurs déjà été anticipé au quartier général de l’Alliance à Bruxelles, où l’on se prépare à procéder à une réforme sans la France, à la grande satisfaction des militaires qui ne devront pas céder leur poste à des officiers français — en tout cas pas dans l’immédiat.
«Ils n’attendaient que cela», souligne un diplomate. «Dès que les socialistes seront au pouvoir, ils mettront la gomme à 15 (pays sur les 16 que compte l’Alliance)».
Le président du comité militaire de l’OTAN présentera d’ailleurs mercredi une proposition de compromis sans la France.
A Bruxelles, on ne désespère pas de voir les socialistes infléchir leur politique dans quelques mois dans l’intérêt de la défense européenne et, dans l’intervalle, on temporise.
«Si possible, nous voudrions que la France redevienne un membre à part entière de l’OTAN», souligne un de ses officiels.
«Nous avons longtemps vécu sans la France dans le commandement intégré et nous avons pu coopérer au cas par cas, comme en Bosnie», souligne-t-il. «On continuera ainsi, on n’en fera pas une tragédie. La France ne boycottera pas l’OTAN».


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