«Nous n’avons pratiquement pas d’amis chinois, car nos relations ne sont pas bonnes», affirme Anjik, chauffeur de taxi de 23 ans qui travaille à son compte à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet.
«Les Han (Chinois de souche) vont dans leurs restaurants et leurs karaokés, et les Tibétains dans les leurs. On ne se mélange pas et on ne se marie pas non plus entre les deux communautés», ajoute-t-il.
Les autorités locales sont d’un avis opposé et s’efforcent de donner une image harmonieuse des relations sino-tibétaines.
«Il existe beaucoup de mariages mixtes, et dans les deux sens, pas seulement entre Chinois et Tibétaines, comme dans les années cinquante», affirme un fonctionnaire, lui-même de père han et de mère tibétaine.
Dans les rues de Lhassa, de Shigatse (ouest), 2e ville de la région, ou de Gyantse (sud), les couples mixtes se font en tout cas discrets.
Beaucoup de colons han ont été envoyés au Tibet après sa «libération pacifique» par l’armée communiste chinoise en 1950. Aujourd’hui, la population de souche chinoise ne compte, officiellement, que 100.000 personnes sur les 2,39 millions d’habitants de l’ancien royaume himalayen (1,2 million de km2), affirme Ma Chongying, directeur-adjoint de la Commission des minorités nationales et des affaires religieuses.
«Pour ce qui est des soldats, le chiffre est fluctuant», souligne-t-il. Selon des sources non chinoises, le contingent, qui contrôle les principaux axes et la frontière avec l’Inde et le Népal, totaliserait plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers de soldats.
L’opposition tibétaine, restée fidèle au Dalai lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains, depuis son exil en Inde en 1959, accuse les autorités chinoises de se livrer à une colonisation du Tibet et affirme que le chiffre des Han dépasse aujourd’hui celui des Tibétains.
«Ces accusations sont sans fondement», rétorque M. Ma. «C’est vrai que le Tibet attire une population flottante, en particulier du Sichuan voisin, qui vient au printemps pour travailler dans la restauration, sur les chantiers de construction ou sur les marchés», dit-il. «La majeure partie de ces travailleurs migrants repart avant l’hiver, car le climat ici est rude», ajoute-t-il.
Lhassa culmine à 3.600m et les autres villes tibétaines oscillent entre 4.000 et 5.000m.
Beaucoup de commerçants chinois décident cependant de rester.
Li Zheng, 35 ans, est arrivé en 1983 du Zhejiang (est), à 2.800km de là. Il a ouvert une boutique de prothèses dentaires dans le quartier tibétain du Barkhor, qui entoure le temple sacré du Jokhang, et vend 10 yuan (1,2 dollar) ses dents en plaqué or ou argent aux pèlerins tibétains.
«J’ai eu du mal à m’habituer au climat, mais maintenant ça va», dit-il. «Les relations avec les Tibétains ne sont pas trop mauvaises et j’ai envie de rester encore plusieurs années».


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