L’annonce du ministre de l’Intérieur Horacio Serpa, fidèle bras droit du chef de l’Etat Ernesto Samper, de se jeter à son tour dans la bataille, lance pour de bon la campagne électorale qui promet d’être pour le moins mouvementée.
En tête des sondages se place M. Valdivieso, avocat libéral de 46 ans qui avait mis au jour le grand scandale du financement par des narco-dollars de la campagne de M. Samper en juin 1994.
Le chef de
l’Etat innocenté
Le chef de l’Etat avait été innocenté par le Congrès mais plusieurs de ses proches collaborateurs, dont l’ex-ministre de la Défense Fernando Botero, sont en prison, tandis que M. Valdivieso se voyait créditer du jour au lendemain d’un destin national.
L’ex-procureur est suivi de M. Horacio Serpa qui, durant tout le scandale des narco-dollars, avait défendu son président pied à pied. Egalement mis en cause par la Cour suprême de justice dans l’affaire des narco-dollars, il a toujours nié avoir été mêlé au financement de la campagne, mais avait accusé le coup: «Je préférerais être victime d’un attentat que d’aller en prison», avait-il dit.
«Sale gringo»
Célèbre pour son franc-parler (il n’avait pas hésité à traiter un important membre de l’administration américaine de «sale gringo»), cet avocat de 49 ans avait été nommé dès l’élection de Samper au poste-clé de ministre de l’Intérieur dans un pays secoué par la violence et totalisant plus de 30.000 morts par an.
Troisième dans les sondages, mais talonnant M. Serpa de très près: l’étrange professeur de mathématiques et de philosophie Antanas Mockus, 47 ans, qui avait fait une entrée fracassante sur la scène politique colombienne en se faisant élire en 1994 à la mairie de Bogota, la ville la «plus ingérable du monde», avec un budget électoral de... trois mille dollars.
Célèbre aussi pour avoir montré son derrière à ses étudiants ou s’être marié dans un cirque avec 7 tigres pour témoins, il avait adopté un programme de «culture citadine» qui laissait quelque peu rêveur. «Je ne suis pas ici pour boucher les trous dans les rues, mais pour combler les trous dans l’âme», rétorquait-il à ses critiques.
«Loi sèche»
Avec la «loi sèche» (pas d’alcool) à partir de minuit, il était parvenu cependant à abaisser de quelque 10 pour cent, non pas la criminalité, mais le nombre de meurtres dans la capitale.
Son programme, tout comme celui de M. Valdivieso, est de mettre un terme au climat de violence permanent et généralisé en Colombie.
Quatrième candidat de poids, Noemi Sanin. Célèbre pour sa beauté et son sens de la diplomatie, elle avait été nommée ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement précédent de Cesar Gaviria. Se décrivant comme une candidate indépendante, elle propose un mélange de dialogue et d’autorité pour régler les problèmes de la guérilla, de la corruption, du narcotrafic et de l’emploi.

