Le départ du premier ministre Alain Juppé a ouvert la voie à des prétendants qui ont plaidé pour une plus grande souplesse dans l’appréciation des critères de l’Union économique et monétaire (UEM), rejetée par l’Allemagne.
Durant la campagne, les prises de position, à droite comme à gauche, contre une interprétation «intégriste» du traité de Maastricht, ont suscité des interrogations sur l’engagement réel des Français à l’égard de l’Europe, alors que la France constitue avec l’Allemagne le moteur de la construction européenne.
Quel que soit le remplaçant d’Alain Juppé, «la France aura effectué un mouvement vers la gauche» et cette «nouvelle disposition pourrait affecter l’UEM dans son entier», affirme le quotidien conservateur britannique «Daily Telegraph».
La monnaie unique doit entrer en vigueur au 1er janvier 1999. Avant cette échéance, sont prévues l’année prochaine des élections déterminantes en Allemagne pour la coalition du chancelier Helmut Kohl, qui défend un «respect absolu» des critères du traité de Maastricht.
La France est, avec l’Espagne et l’Allemagne, l’un des trois pays européens gouvernés par la droite, les douze autres ayant à leur tête des socialistes ou des coalitions comprenant des sociaux-démocrates.
La campagne électorale française a fait ressortir un consensus à droite comme à gauche pour la construction d’une «Europe sociale», et plus seulement monétaire, afin de répondre à la principale préoccupation des citoyens qu’est le chômage.
Parler d’une seule voix
«L’Europe doit maintenant se donner l’ambition sociale que les Européens attendent», a réaffirmé le président français Jacques Chirac, invitant les Français à désigner une majorité «qui ne prenne pas le risque de fragiliser la construction européenne» et à éviter une cohabitation.
Le leader socialiste Lionel Jospin, susceptible d’être nommé à Matignon en cas de victoire de la gauche, avait déjà rejeté l’idée que la France pourrait ne pas «parler d’une seule voix» dans les négociations européennes.
Il estime au contraire que, lors de la campagne, la droite s’est rapprochée des conditions qu’il avait posées pour le passage à l’euro, notamment une appréciation «en tendance» des critères de Maastricht et l’adhésion de l’Italie et l’Espagne dès le 1er janvier 1999.
Ces conditions avaient été jugées «contre-productives» et «totalement irréalistes» par les dirigeants allemands. M. Jospin s’est associé au chef du Parti social démocrate (SPD) allemand Oskar Lafontaine pour réclamer «un pacte européen pour la croissance et de nouveaux emplois».
A droite, de nombreuses voix, dont celle de Philippe Séguin, président de l’Assemblée nationale, qui avait fait campagne pour le «non» au référendum sur le traité de Maastricht en 1992, se prononcent aussi pour une appréciation «en tendance» des critères.
L’éventuelle nomination de M. Séguin à Matignon «serait interprétée comme le signe que la France souhaitait prendre une position plus sceptique vis-à-vis de l’Europe», estime le «Financial Times».
Le sommet de l’UE à Amsterdam (16-17 juin), sur la réforme des institutions européennes, permettra à la France d’affirmer les orientations européennes de son nouveau gouvernement, quel qu’il soit.
«Le vote français sera interprété comme un signe indiquant si l’avenir de l’Europe sera de s’armer face aux exigences mondiales de la loi du marché ou d’essayer de sauver les avantages coûteux qui se sont enracinés en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale», estime le quotidien américain «International Herald Tribune».


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