Mais avec une naturelle prudence, et compte tenu du vrai suspens prévalant quant à l’issue du second tour, le 1er juin, il a seulement noté que «cette progression semble indiquer que les Français verraient bien leur avenir à gauche».
Le quotidien conservateur le Figaro le reconnaît lui-même: Lionel Jospin a déjà réussi son pari de redonner vie à un Parti socialiste qu’une déroute en 1993 semblait condamner à une longue cure d’opposition.
Le PS est redevenu le 1er parti de France, avec 25,50% des suffrages exprimés dimanche, devant le RPR gaulliste, 16,81%, lequel est talonné par le Front National, le parti d’extrême droite de Jean-Marie Le Pen (15,09%).
Cinq ans après une défaite historique face à la droite, sanctionnant une longue gestion sans partage, un grave échec sur le chômage, des scandales et des déchirements internes, ce spectaculaire rétablissement semble à mettre à son crédit.
«Nous avons su tirer les enseignements des dix années où nous avons été au gouvernement. J’assume, et le Parti socialiste avec moi, les erreurs passées», a-t-il affirmé dans une «lettre» publiée dans toute la presse.
Peu à peu, M. Jospin, un ancien universitaire de 59 ans, jugé intègre, mais au style terne, s’est lancé dans la campagne avec une pugnacité et une chaleur surprenantes, comme dopé par l’exemple du travailliste britannique Tony Blair.
Son programme, avec un plan volontariste pour l’emploi de 700.000 jeunes, la réduction du temps de travail à 35 heures ou le refus de nouvelles privatisations, paraît pourtant aux antipodes du programme de M. Blair.
Après avoir pris ses distances avec «l’héritage» du défunt président François Mitterrand, il se retrouve pour la seconde fois en deux ans candidat pour gouverner la France à gauche, mais en cohabitant avec son vainqueur de 1995, le président Jacques Chirac.
François Mitterrand avait dû cohabiter en quatorze ans — de 1981 à 1995 — avec des chefs de gouvernement de droite, M. Chirac d’abord de 1986 à 1988, et Edouard Balladur ensuite, de 1993 à 1995.
M. Jospin s’est dit prêt à «parler d’une seule voix» avec le président gaulliste sur la question-clef de la monnaie unique européenne qui les divisa pourtant en début de campagne.
Faute d’une majorité absolue prévisible, il devrait former une majorité avec les petits alliés de gauche, les écologistes et surtout les communistes, comme M. Mitterrand, après son arrivée au pouvoir en 1981, et le général de Gaulle, à quelques nuances près, après la seconde guerre mondiale.
En ballottage dans sa circonscription de Haute-Garonne (sud-ouest) dimanche au premier tour des législatives, il se trouve en position très favorable pour récupérer son siège de député perdu en 1993.


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