En cas de victoire de la gauche, apparemment à portée de main vu son avance de près de quatre points sur la droite, le leader socialiste Lionel Jospin, crédité d’un succès inespéré, devrait en toute logique être appelé à cohabiter avec le président gaulliste Jacques Chirac.
Philippe Séguin, qui présidait la chambre des députés dissoute dix mois avant son terme par le président Chirac, est le favori de tous ceux, médias et politiciens compris, qui se sont livrés depuis plusieurs semaines au jeu des «premiers ministrables» de droite.
Cet euro-prudent, le plus populaire des hommes politiques de droite, avait déjà permis au candidat Jacques Chirac de l’emporter à la présidentielle de 1995, en lui apportant une caution populaire particulièrement rare à droite.
Dès le début d’une campagne où ses collègues députés se sont disputé son soutien, il a choisi de faire campagne sur le double thème du chômage, que le gouvernement Juppé n’avait pu empêcher d’atteindre le taux record de 12,8%, et de l’Europe.
Le gouvernement, a-t-il expliqué au soir du «dimanche noir» pour la droite du 25 mai, doit exprimer une «certitude, c’est qu’il défendra en 1998 une Europe qui, au lieu de faire de la lutte contre l’inflation sa priorité, fait de l’emploi sa priorité absolue».
Toutefois cet euro-prudent franc-tireur, qui ne souhaite pas oublier «ses propres idées» pour «occuper un poste pour le plaisir de l’occuper», pourrait voir son indépendance et son caractère réputé impossible, lui coûter le poste de premier ministre.
Son prédécesseur Edouard Balladur (1993-95), arrive en deuxième place des personnalités de droite citées comme possible premier ministre. Il incarnerait le retour à une politique fortement libérale menée par la droite lorsqu’il dirigeait le gouvernement en 1993-95.
Outre qu’il souffre de la brouille qui l’oppose au camp chiraquien depuis qu’il a défié le leader gaulliste à la présidentielle de 1995, il peut difficilement, selon beaucoup de commentateurs incarner le «changement réel» réclamé par les électeurs, aux dires de M. Juppé lui-même. «Trop tard, ce n’est pas ce que les électeurs ont réclamé par leur vote», auraient même déclaré deux de ses anciens ministres cités lundi par Le Monde.
Enfin l’option Alain Madelin, évoquée avec insistance en début de campagne, paraît avoir perdu tout crédit au lendemain du succès de la gauche. Signe révélateur, l’ultra-libéral ministre des Finances limogé en août 1995 pour avoir critiqué «tous les gaspillages de l’argent public et de l’argent du social», était l’un des hommes politiques les moins sollicités et les moins cités lors de la soirée électorale.
Reste que le président est, aux termes de la Constitution, seul habilité à nommer un premier ministre. Rien ne lui interdit de déjouer les pronostics ni de choisir la semaine prochaine une personnalité non-politique, comme l’était Raymond Barre, un professeur d’économie appelé à succéder à… Jacques Chirac en 1976 par le président Valéry Giscard d’Estaing.
Dans ce cas de figure, le président d’Air France Christian Blanc, un proche de l’ex-premier ministre socialiste Michel Rocard, apprécié pour son obstination à préparer la compagnie aérienne à la privatisation en dépit des résistances syndicales, pourrait apparaître comme un candidat consensuel idéal.
Mais le président Chirac a souvent répété que «la politique, comme la diplomatie, cela ne s’improvise pas».


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