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Actualités - Chronologie

Les sentinelles de l'apocalypse

BERAT (Albanie), 21 Mai (AFP). — Couchés dans l’herbe aux pieds d’une mitrailleuse lourde, sur une hauteur surplombant Berat, Enea et ses six amis veillent sur un stock de T.N.T. suffisant pour faire sauter toute la ville.
Dans ce bourg de moyenne montagne du centre de l’Albanie, comme partout dans le pays, les casernes ont été désertées par les soldats, chassés par l’insurrection, au début du mois de mars.
En général, les armureries ont été vidées. Mais par endroits, et Berat est l’un d’eux, le «comité de salut public» a désigné des «volontaires» pour monter la garde et éviter que ce qu’il reste d’armes lourdes et d’explosifs ne tombe en de (trop) mauvaises mains.
«Des bandits sont venus essayer de voler le T.N.T. pour faire sauter des ponts. Mais nous les avons repoussés, un copain a même été blessé à la main», fanfaronne ce grand garçon boutonneux de 18 ans en faisant d’inquiétants moulinets avec sa Kalachnikov.
«Il y a dans ces hangars de quoi tout raser à des km à la ronde», ajoute-t-il en désignant de longs bâtiments lépreux aux portes rouillées et à demi-défoncées.
Depuis un mois ces sept hommes, dont aucun n’est militaire, se sont installés près de l’entrée de la caserne. L’enceinte de barbelés branlants ne dépasse pas 1,5 m.
D’autres volontaires gardent l’usine de tabac voisine. Ils lâchent régulièrement des rafales en l’air pour marquer leur présence et règnent sur un terrifiant royaume empli de munitions et d’explosifs.
Mustafa Kasallja, père de six enfants, a revêtu la combinaison camouflée des commandos. «Maintenant que tout le monde est armé, ceux qui veulent encore prendre des armes c’est pour les revendre», assure-t-il. «Ou les cacher en se disant que l’Etat paiera bien un jour pour les récupérer».

«Inadmissible»

Un matin, ils reçoivent la visite de Bashkim Metag, électricien aux larges épaules désigné «chef militaire» de l’insurrection à Berat.
«On me dit que des gens sont venus ici acheter des munitions, des grenades! C’est inadmissible», fulmine-t-il. «C’est pas nous, c’est l’autre équipe», se défend mollement Enea Kajtazi.
Avec un enthousiasme de petit garçon lâché dans une confiserie, il fait visiter ses cavernes d’Ali Baba: des milliers de caisses de munitions empilées, centaines de caisses de grenades, des lance-roquettes entassés en vrac, des roquettes dans leurs boîtes, des obus, des mines antipersonnel. On marche sur les balles, trébuche sur les emballages éventrés.
Dans un autre bâtiment, plus inquiétant, le TNT conditionné en petits paquets marrons. «180 tonnes exactement», précise Bashkim Metag. Dehors, un manuel de minage illustré traîne par terre. Une grappe de grenades oubliées au pied d’un arbre: Enea s’en empare et tente de jongler.
Selon le chef des «volontaires», le lit de la rivière Osum dans le centre de Berat, où les enfants se baignent en été, est tapissé d’engins de mort.
La situation s’est améliorée avec l’arrivée mercredi des forces spéciales de la police, qui a mis fin, au moins pour le moment, au règne sauvage d’un gang de malfaiteurs.
Mais plus haut dans la montagne, près de Mobreshtan, des galeries creusées dans le roc mais dont les portes ont disparu regorgent encore d’armes et d’explosifs, assure-t-il.
Dans le cadre de la «défense populaire», doctrine militaire en vigueur pendant les 40 ans de communisme, des caches d’armes avaient été dissimulées dans tout le pays.
Surplombant la caserne, à flanc de montagne, des lettres de 60 mètres de haut, en pierres blanches serties dans le rocher, forment encore le prénom «Enver», en hommage au dictateur Enver Hoxha.
Au grand soulagement de Bashkim Metag, les arsenaux de Berat ne contenaient pas d’armes chimiques, du moins le suppose-t-il.
BERAT (Albanie), 21 Mai (AFP). — Couchés dans l’herbe aux pieds d’une mitrailleuse lourde, sur une hauteur surplombant Berat, Enea et ses six amis veillent sur un stock de T.N.T. suffisant pour faire sauter toute la ville.Dans ce bourg de moyenne montagne du centre de l’Albanie, comme partout dans le pays, les casernes ont été désertées par les soldats, chassés par l’insurrection, au début du mois de mars.En général, les armureries ont été vidées. Mais par endroits, et Berat est l’un d’eux, le «comité de salut public» a désigné des «volontaires» pour monter la garde et éviter que ce qu’il reste d’armes lourdes et d’explosifs ne tombe en de (trop) mauvaises mains.«Des bandits sont venus essayer de voler le T.N.T. pour faire sauter des ponts. Mais nous les avons repoussés, un copain a même été...