Le leader d’extrême droite s’est invité dans le duel de fait entre la majorité sortante et l’opposition socialiste et communiste en jugeant «préférable» une victoire de la gauche au deuxième tour des élections législatives.
Jean-Marie Le Pen a affirmé depuis que «Lionel Jospin est moins hystériquement européiste que ne le sont Chirac et Juppé», et que «mieux vaut une cohabitation que cinq ans de Chirac avec les pleins pouvoirs». A Nancy, vendredi dernier, il a lancé: «A droite, la politique est menée par des traîtres, et c’est pour cela que je les exècre».
Ces déclarations inquiètent la majorité sortante, gênent la gauche et sèment le trouble au sein même du Front national dont l’électorat, selon les sondages, se reporte encore majoritairement à droite.
Au cours du week-end dernier, le secrétaire général du mouvement, Bruno Gollnisch et son délégué général, Bruno Mégret, sont intervenus tour à tour pour tenter de mettre les choses au point.
«La victoire de la gauche n’est pas ce que nous souhaitons. Je ne veux pas d’une Assemblée de droite. Je ne veux pas non plus, loin de là, d’une Assemblée de gauche (…) Et, pour le second tour, nous nous maintiendrons où nous pouvons le faire», a précisé Bruno Mégret.
Jean-Marie Le Pen n’a pas, depuis, véritablement clarifié sa position. A Lyon, lundi, il a rappelé que les «gens de gauche» sont ses adversaires «depuis 50 ans», avant de déclarer le lendemain devant l’association de la presse étrangère qu’il n’avait «jamais dit qu’il fallait voter pour la gauche.»
«J’ai dit simplement, dans une analyse un peu fouillée, que très évidemment et compte tenu des pleins pouvoirs et du chèque en blanc que demandait le président de la République, je préférais voir une majorité de gauche dans le cadre de la cohabitation qui selon moi paralyserait le président de la République dans un dessein que j’estime criminel de dissoudre la France dans l’Europe maastrichienne», a-t-il expliqué.
Présidentialisation
«Ce qui est essentiel, c’est d’obtenir un très grand nombre de voix au premier tour et d’infliger au premier tour la défaite la plus sévère possible au président de la République et à la majorité sortante», a-t-il ajouté.
«Il y a une parfaite unité de vue à l’intérieur du Front national(…). Il n’y a pas de voix discordantes», a souligné Jean-Marie Le Pen.
Le président du FN avait lancé sa campagne sur le thème «Sortons-les!», en maintenant le suspense sur sa propre candidature, avant d’annoncer qu’il ne se présenterait pas — un fait rare dans sa carrière entamée dans les années 1950.
Il a dès lors tenté de présidentialiser le débat, en réservant à Jacques Chirac ses traits les plus féroces.
Le président de la République est accusé d’avoir fait un «coup d’Etat» et de chercher un «plébiscite déguisé».
Pour lui, si les candidats de la majorité ne réunissent pas la majorité des suffrages, Jacques Chirac doit avoir la «dignité» de démissionner, comme le fit le général de Gaulle après l’échec du référendum de 1969.
Pourfendeur de l’Europe de Maastricht et du «complot mondialiste», le président du FN a trouvé peu d’échos sur ses thèmes récurrents de l’immigration ou de la corruption.
Jean-Marie Le Pen dénonce la «connivence» entre les partis de la «bande des quatre» sur ces sujets, déplore l’ostracisme médiatique dont il se dit victime, fustige à l’envi un système électoral «truqué».
Mais ces sorties ne se traduisent pas dans les sondages. Le FN, qui présente des candidats dans toutes les circonscriptions métropolitaines, stagne entre 13% et 15% des intentions de vote. En 1993, il avait obtenu 12,7% des voix.
Le FN, qui dit viser la constitution d’un groupe dans la future Assemblée — soit au moins 15 élus — pourrait au mieux en compter trois, selon les sondages, mais il pèsera localement dans une série de triangulaires.
Bruno Mégret, qui se présente dans une circonscription des Bouches-du-Rhône comptant Vitrolles, dont le maire est depuis février son épouse Catherine, pourrait être élu.
Cette victoire éventuelle consacrerait l’irrésistible ascension de ce polytechnicien. Mais Jean-Marie Le Pen, 68 ans, affirme que sa succession n’est pas ouverte: «Je serai un combattant politique tant que j’aurais la force et le souffle de le faire».

