La circonscription convoitée par le premier ministre, qui a fait vœu de quitter un jour la Seine pour la Garonne, est la seule des six que compte l’agglomération à s’étaler sur la seule ville de Bordeaux.
Pour conquérir le cœur de la cité girondine, Alain Juppé travaille le «terrain», de réunions de quartier en visites de commerçants, serrant les mains, embrassant les enfants, goûtant les vins et les produits locaux.
Mais si l’implantation locale de Jacques Chaban-Delmas était inébranlable — l’ancien maire avait été réélu en 1993 au second tour, face au Front national Pierre Sirgue, avec 75,10% des suffrages, sans avoir fait campagne car en convalescence après plusieurs opérations chirurgicales — celle d’Alain Juppé reste encore à conforter.
Nul doute que les Bordelais, habitués avec «Chaban» aux hommes politiques d’importance nationale, l’avaient envoyé à l’hôtel de ville en juin 1995 parce qu’ils voyaient d’un bon œil le fait d’avoir à nouveau un premier ministre comme maire.
Mais aujourd’hui les fonctions parisiennes d’Alain Juppé donnent à la campagne dans la deuxième circonscription une dimension nationale.
Le premier ministre, qui détient un triste record d’impopularité, a ainsi trouvé sur son chemin un interne des hôpitaux, Grégoire Théry, l’un des leaders bordelais de la récente grève des blouses blanches.
Quant à son principal opposant, le socialiste Gilles Savary, il n’hésite pas à suivre Alain Juppé pas à pas lors de ses sorties dans la ville. Il est vrai que le candidat de la majorité est accompagné d’une cohorte de journalistes.
«A quoi en êtes-vous réduit! Pour avoir des photos, il faut que vous vous approchiez de moi», a lancé le président du RPR à son adversaire. «Vous n’êtes pas là souvent, on en profite!», a rétorqué le candidat socialiste.
Gilles Savary, qu’un sondage CSA, effectué le 10 mai dernier, crédite, dans une élection à quinze candidats, de 28,5% des intentions de vote au premier tour contre 39% à Alain Juppé, fait campagne contre la politique du premier ministre, contre celle du maire et contre le cumul des mandats.
Le chef de l’opposition socialiste au conseil municipal, qui a un passé politique encore modeste, s’appuie sur un autre sondage le créditant de 48% des voix dans un duel de deuxième tour avec Alain Juppé pour affirmer que rien n’est joué.
Pour lui, cette élection doit permettre à Bordeaux «de cesser d’être un accessoire de carrière pour homme d’Etat en mal de fief». Il plaide pour que les Bordelais élisent un des leurs, «sincèrement attaché à sa ville».
Face à ses détracteurs, Alain Juppé fait valoir ses deux ans d’action municipale.
Comme le premier ministre à Paris, le maire de Bordeaux a choisi de faire des économies pour stopper la lente descente aux enfers de la ville, qu’il a trouvée presque exsangue financièrement à son arrivée au Palais Rohan.

