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Actualités - Chronologie

Fin de règne sans honneur pour le maréchal Mobutu

KINSHASA, 19 Mai (AFP). — Le président déchu zaïrois, le maréchal Mobutu Sese Seko, a signé une fin de règne sans honneur, en quittant sa capitale en fin de semaine dernière au prétexte de «se tenir à l’écart» des affaires de l’Etat.
Dès son départ, sa famille et ses proches, y compris son premier ministre s’affairaient à quitter eux aussi le Zaïre, rebaptisé Congo par le nouvel homme fort du pays, Laurent-Désiré Kabila.
Un de ses plus anciens collaborateurs, le général Mahele Liyoko a été assassiné durant le week-end par les propres troupes d’élite du maréchal, la Division spéciale présidentielle (DSP), dans leur camp Tshatshi, à Kinshasa.
L’un des fils du maréchal, commandant dans la DSP, le major Kongolo (ou Kungulu, selon l’orthographe) s’enfuyait également dans des conditions aussi sanglantes après avoir fait «liquider», selon des sources informées, un certain nombre d’anciens responsables accusés d’avoir «trahi» son père, y compris peut-être le général Mahele.
Toute la famille Mobutu paraît désormais en errance entre le Maroc, le Congo et d’autres pays où elle tente de trouver une terre d’accueil alors que personne ne sait encore où se trouve le président déchu. Sa présence au Maroc n’a pas été confirmée officiellement.
Près d’une centaine d’entre eux, dont le «major Kongolo» restent toujours en attente à Brazzaville d’une nouvelle «terre d’accueil».
Cette fuite désespérée, relèvent de nombreux observateurs et analystes, ne correspond en rien au caractère du vieux «léopard», dont tous attendaient une reddition honorable.
Selon de nombreuses sources, M. Mobutu, rongé par la maladie, ne serait plus que «l’ombre de lui-même». Il aurait également été, selon ces mêmes sources, soumis aux pressions de sa propre famille, à commencer par celles de son épouse, Bobi Lawala, et de sa sœur jumelle qui ne le quittent pas depuis plusieurs mois, ainsi que de certains de ses conseillers, dont son directeur de cabinet, Vunduawe Te Pemako, très proche lui-même des deux sœurs.
Après un tel départ du pouvoir, «qui pourra désormais défendre la mémoire de Mobutu», s’interroge un universitaire zaïrois expatrié depuis plus de vingt ans et étranger à la politique de son pays.
«Moi ou le chaos»...Depuis plus de 31 ans, le président Mobutu Sese Seko brandit à chaque fois cette menace pour triompher des crises qui ébranlent le Zaïre et menacent son pouvoir.
Contraint d’admettre la victoire du chef rebelle Laurent-Désiré Kabila, le «léopard», atteint d’un cancer de la prostate, avait indiqué après son premier entretien avec Kabila, le 4 mai, qu’il était prêt à remettre le pouvoir à un président élu.
Soutenu par les Occidentaux pendant plus de 25 ans, le président Mobutu avait été contraint d’accepter le multipartisme en 1990. Qualifié tout récemment de «créature de l’Histoire» par Washington, le «Guide» a été ensuite «incité» à céder sa place.
Quand le 24 novembre 1965, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, alors âgé de 35 ans, prend le pouvoir en renversant le gouvernement de Joseph Kasavubu, il incarne aux yeux du peuple zaïrois l’espoir du retour à la stabilité, dans un pays dévasté par cinq ans de guerre civile.
A son arrivée au pouvoir, l’ancien sergent de la «force publique» du Congo belge, devenu journaliste, secrétaire particulier de Patrice Lumumba puis chef d’état-major des armées, reprend peu à peu le pays en main, et, au nom de l’unité retrouvée, balaie toute opposition.
Celui qui prétend incarner la nation élimine la vieille garde politique, interdit les partis, suspend le droit de grève et s’applique à instaurer l’unité du pays. «Un village ne peut avoir deux chefs. Pour nous Africains, deux ou trois têtes sur un même corps constitueraient un monstre», explique-t-il.
Sous l’accusation d’avoir comploté contre lui, l’ancien premier ministre Evariste Kimba et trois anciens ministres sont pendus en public en 1966. La politique de l’exemple se poursuit en 1968, avec l’exécution de l’ex-chef rebelle Pierre Mulele, rentré du Congo à la suite pourtant d’officielles promesses d’amnistie.
Afin d’asseoir encore un peu plus son pouvoir, il crée en 1967 un parti unique, le Mouvement populaire de la révolution (MPR), et proclame l’«authenticité» dogme officiel du pays.
Le Congo fait place au Zaïre, Léopoldville devient Kinshasa, les prénoms chrétiens sont bannis et Joseph-Désiré Mobutu s’appelle désormais Mobutu Sese Seko Kuku Nbengdu Wa Za Banga («qui vole de victoire en victoire»).
Les termes de «Monsieur» et «Madame», relégués aux oubliettes, sont remplacés par «Citoyen» et «Citoyenne». Le costume occidental proscrit, «l’abacost» (abréviation d’«à bas le costume»), tunique au vague col mao, voit le jour. Les Zaïroises, sont, quant à elles, invitées à se draper dans un pagne.
Le «Citoyen-président fondateur» n’apparaît en public que coiffé d’une toque de léopard, et appuyé sur une lourde canne de bois sculptée à deux têtes d’oiseau, symbole traditionnel d’autorité.
Les complots, mutineries et deux tentatives de sécession du Shaba (ex-Katanga, 1977-1978) sont réprimés. Lors des pillages de Kinshasa, en 1991 et 1993, «le père de la nation» interviendra pour sonner «la fin de la récréation» et rétablir l’ordre dans un pays au bord du chaos.
Depuis la chute des cours du cuivre, dont le Zaïre est l’un des plus gros producteurs, à laquelle se sont ajoutées les conséquences des chocs pétroliers et de la «zaïrianisation» ratée des commerces et des entreprises appartenant aux étrangers, l’inflation est galopante: la mauvaise gestion de ce pays riche en ressources minières apparaît au grand jour, la corruption s’étend à toute la société.
La fortune du maréchal Mobutu, désigné comme l’un des hommes les plus riches du monde, est estimée à près de quatre milliards de dollars, soit presque la moitié du montant de la dette du Zaïre.
Accusé par ses détracteurs d’être le responsable de la faillite économique du pays, le maréchal-président est de plus en plus contesté. Ses pouvoirs régaliens sont réduits après 1990. Le Haut conseil de la République/Parlement de transition (HCR/PT), chargé de conduire le pays vers la démocratie, l’oblige à une cohabitation avec un premier ministre issu de l’opposition.
En septembre 1996, se déclenche dans l’est du pays la vaste rébellion qui désormais se trouve à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, Kinshasa.
KINSHASA, 19 Mai (AFP). — Le président déchu zaïrois, le maréchal Mobutu Sese Seko, a signé une fin de règne sans honneur, en quittant sa capitale en fin de semaine dernière au prétexte de «se tenir à l’écart» des affaires de l’Etat.Dès son départ, sa famille et ses proches, y compris son premier ministre s’affairaient à quitter eux aussi le Zaïre, rebaptisé Congo par le nouvel homme fort du pays, Laurent-Désiré Kabila.Un de ses plus anciens collaborateurs, le général Mahele Liyoko a été assassiné durant le week-end par les propres troupes d’élite du maréchal, la Division spéciale présidentielle (DSP), dans leur camp Tshatshi, à Kinshasa.L’un des fils du maréchal, commandant dans la DSP, le major Kongolo (ou Kungulu, selon l’orthographe) s’enfuyait également dans des conditions aussi...