Le premier secrétaire du PS était venu à Dole, dans le Jura, apporter son soutien à la porte-parole nationale des Verts, qui fait partie des 29 candidats écologistes soutenus par les socialistes en vertu de l’accord électoral entre les deux formations pour les élections législatives.
Alors que les sondages reflètent la valse-hésitation des électeurs, à 13 jours du premier tour, Dominique Voynet lui a renvoyé l’ascenseur en lançant un vibrant appel aux indécis.
«Je voudrais dire avant tout qu’il s’agit d’une opportunité historique à ne pas laisser passer, que les pauvres ne peuvent plus attendre, que l’environnement ne peut plus attendre, que la construction européenne ne peut pas être mise en péril au nom de vaines chimères», a-t-elle lancé, aux côtés de Lionel Jospin.
«Ceux qui sont tentés par l’abstention, ceux qui sont tentés par un vote extrémiste sont aussi des gens qui choisissent que rien ne change jamais, au profit de ceux qui ont vraiment intérêt à ce que rien ne change jamais».
C’est une Dominique Voynet radieuse, accompagnée par son suppléant socialiste, qui avait accueilli une heure plus tôt à l’aéroport de Dole Lionel Jospin.
Ils ont fait, assis côte à côte, le trajet en car jusqu’à un embarcadère au pied de la vieille ville, où ils sont montés à bord d’une vedette pour une mini-croisière à petite vitesse sur le canal Rhin-Rhône, symbole depuis plus de 20 ans des luttes pour la défense de l’environnement.
Debout côte à côte à la proue du bateau, souriants, les deux dirigeants ont salué de la main leurs sympathisants restés sur les rives et sur les ponts. A une écluse, Lionel Jospin a sauté sur la berge et pris la main de Dominique Voynet pour l’aider à débarquer «Jusqu’à l’Assemblée!», s’est exclamée la dirigeante des Verts en reprenant pied sur la terre ferme.
Lors d’une brève conférence de presse improvisée au bord du canal, Dominique Voynet a dit que les Verts étaient «heureux» de leur coopération avec le PS dans sa circonscription.
«Nous croyons très fort que le 1er juin une «députée verte» entrera à l’Assemblée», a-t-elle ajouté. «Nous savons aussi, pour avait apprécié le travail en commun, que nous continuerons à travailler au-delà du 1er juin ensemble».
«J’ai un plaisir particulier à être aux côtés de Dominique Voynet», a répondu Lionel Jospin, qui a déclaré avoir de l’«affection» pour la dirigeante écologiste.
«La présence de Dominique Voynet à l’Assemblée, avec d’autres Verts, je l’espère, nous apporterait quelque chose (…) Je serait extrêmement heureux qu’elle soit à l’Assemblée nationale. Je crois d’ailleurs qu’elle va y être».
«Un risque
important»
Lionel Jospin a souligné que la «sensibilité» des Verts avait contribué à faire évoluer les conceptions du PS, «sur le plan économique notamment».
Il a réaffirmé son opposition et celle du PS au projet d’élargissement du canal Rhin-Rhône, contre lequel se mobilisent depuis 20 ans écologistes, associations et population locales.
Ce projet de canal à grand gabarit «est une absurdité économique, une folie écologique et risquerait d’être un gouffre financier», a-t-il souligné, précisant que si la gauche revenait au pouvoir, elle l’interromprait.
Lionel Jospin, qui a échangé ces derniers jours des propos un peu vifs avec son partenaire communiste, Robert Hue, a refusé de «noter» les alliés du PS. Il a en revanche réaffirmé que si la gauche l’emportait le 1er juin, le gouvernement qui serait formé ferait une place aux Verts.
«J’ai toujours dit que s’il y avait une majorité nouvelle à l’Assemblée (…), la vocation d’un gouvernement exprimant cette majorité est que ses diverses sensibilités y soient présentes, qu’il s’agisse de socialistes, de communistes, de radicaux, de Verts ou de personnalités du Mouvement des citoyens».
Alors que les divergences entre PS et PC portent surtout sur l’Europe et la monnaie unique, Lionel Jospin n’a cité qu’une divergence mineure avec les Verts: la loi Verdeille sur la chasse, du nom d’un député socialiste de l’après-guerre.
«Moi je reste fidèle à la loi Verdeille», a-t-il dit, mi-ironique, mi-sérieux. «Ce que nous avons signé avec les Verts ne signifie pas qu’on veut abolir la loi Verdeille», a ajouté le candidat de la Haute-Garonne, qui n’oublie pas qu’il a de nombreux chasseurs dans sa circonscription de Cintegabelle.
«Et moi je pense qu’il faut qu’on en reparle et qu’on en rediscute», a répliqué d’un ton mutin Dominique Voynet. «C’est la représentativité qui tranchera», a conclu Lionel Jospin.
«Je crois que notre intérêt à tous aujourd’hui, c’est de nous mobiliser», a déclaré, plus sérieusement, la dirigeante écologiste. «Pour dire (aux électeurs) que, bien sûr, nous avons compris les leçons du passé, bien sûr nous avons compris que le monde n’est plus celui que nos grands parents ont connu, et que nous sommes prêts, que nous sommes résolus, que nous sommes déterminés à la fois à agir et à leur rendre compte».
Lionel Jospin a approuvé, soulignant pour sa part que le moment était venu d’un changement «dans l’ordre». «Avoir la droite pour neuf ans — quatre ans déjà, cinq ans encore — pour franchir l’an 2000, je crois que c’est un risque important pour le pays», a-t-il ajouté.


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