Le feu intérieur qui l’habite dans «Adèle H» ou «Camille Claudel», son visage de Botticelli, teint d’opale, cheveux de jais et yeux pervenche, l’ont élevée au rang d’icône un peu mythique, un piédestal dont elle aimerait bien descendre.
On l’identifie, à tort, aux héroïnes blessées et tourmentées qui ont marqué sa carrière et qu’elle a interprétées avec une intensité déchirante et douloureuse, oubliant souvent qu’elle a aussi joué la comédie.
Lorsque projecteurs et flashs sont éteints, elle bavarde, sereine et détendue, loin du cliché de la diva inaccessible.
«Time» l’a comparée à Greta Garbo pour la flamme, Marlene Dietrich pour le mystère et Ingrid Bergman pour la tendresse et la vulnérabilité. Pour Bruno Nuytten (le père de son fils Barnabé), qui l’a dirigée dans «Camille Claudel», elle serait plutôt la fille d’Anna Magnani, de Louise Brooks et d’Audrey Hepburn.
Adjani s’est souvent engagée avec fougue pour les causes qui lui tenaient à cœur, que ce soit la cause des femmes algériennes, la liberté d’expression incarnée par Salman Rushdie, la solidarité avec les sans-papiers, les enfants. Mais elle n’aime pas pour autant qu’on la coiffe d’un «fichu de pasionaria»
«Mes principales qualités, dit-elle, sont le courage et l’humour». Lorsque de fausses rumeurs la donnent mourante du sida, en 1985, elle fait front. Gérard Depardieu la compare à «une guerrière, toujours en éveil, prête à recevoir l’ennemi».
Racines flottantes
Née d’une mère allemande et d’un père algérien, vivant aujourd’hui en Suisse, Adjani a l’âme cosmopolite, des «racines flottantes», et dit volontiers: «J’appartiens au monde».
C’est par hasard qu’elle débute au cinéma alors qu’elle est lycéenne. Mais c’est le théâtre qui la lance: l’Agnès ingénue de «L’école des femmes», la frémissante «Ondine» de Giraudoux entre sans audition à la Comédie française dont elle est la plus jeune pensionnaire.
Elle n’hésite pas à la quitter lorsque François Truffaut lui propose le rôle d’Adèle Hugo, amoureuse jusqu’au désespoir et à la folie, qui lui vaut une première nomination aux Oscars. C’est la révélation et le passeport pour l’étranger. «La France est trop petite pour elle,» dit Truffaut.
Avec «Possession» de Andrzej Zulawski et «Quartet» de James Ivory, l’actrice obtient à Cannes un double prix d’interprétation pour deux rôles qui montrent deux facettes de son talent: l’Anna hystérique et hallucinée de Zulawski et la Marya à la passion retenue d’Ivory.
D’héroïne romantique, elle se transforme en allumeuse sexy et ambiguë dans «L’été meurtrier» de Jean Becker, en mondaine en rupture de ban dans «Subway» de Luc Besson avant de s’impliquer à cœur perdu dans «Camille Claudel». Elle s’y reconnaît si bien qu’après le triomphe qui suit, l’artiste disparaît de l’écran. Lorsqu’on l’interroge, plus tard, sur cette absence, elle répond simplement: «J’aimais».
Après cette longue parenthèse avec l’acteur anglais Daniel Day Lewis, dont elle a un fils Gabriel-Kane, elle est de retour à Cannes en 1995 dans «La reine Margot», la tragédie de Patrice Chéreau qui lui vaut un quatrième César, un record.
Aujourd’hui, la star privilégie la vie autant que le cinéma: «Pour une femme, la vie ne doit pas être faite que de films, surtout quand on a commencé adolescente. Entre deux films j’ai besoin de vivre et de rire».


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