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Actualités - Chronologie

La difficile insertion des palestiniens de retour d'exil

JERUSALEM, 13 Mai (AFP). — Il y a des années , craignant de mourir et d’être enterré en exil, l’écrivain palestinien Hassan Khader a confié une de ses dents arrachée à une correspondante étrangère et lui a demandé de la jeter à l’occasion n’importe où en Palestine.
«Ainsi une partie de moi aurait atteint le sol de la patrie», a-t-il écrit dans le dernier numéro de la revue palestinienne «al-Karmel».
Mais M. Khader est retourné de Tunis à sa maison de Gaza il y a deux ans, exauçant un rêve vieux de 30 ans.
Maintenant il se retrouve dans un nouvel exil. «J’ai changé, le pays a changé», dit-il.
M. Khader est un des écrivains à avoir exploré récemment la nouvelle cassure dans l’identité palestinienne: le fossé entre ceux qui sont restés après les occupations israéliennes des territoires palestiniens durant les guerres de 1948 et 1967, et ceux qui sont partis.
Des dizaines de milliers de réfugiés sont revenus dans la foulée de l’établissement en 1994 par Yasser Arafat de l’Autorité palestinienne, dont ils ont rempli les rangs de l’administration et des services de sécurité.
Mais ils réalisent maintenant que la Palestine qu’ils ont imaginée à l’extérieur ne correspond pas à la réalité et que les Palestiniens qu’ils avaient laissés derrière eux les considèrent souvent comme des étrangers liés à une autorité pas toujours populaire.
«La joie (du retour) a été suivie d’une explosion de rivalités: (...) ceux qui étaient demeurés sur place voyaient les nouveaux arrivants comme des envahisseurs balayant tout sur leur passage», écrit le romancier Zakaria Mohammed.

Les lingots d’or

Ce dernier a personnellement ressenti l’aliénation du retour. Il est rentré d’Amman avec seulement une chemise sur le dos, mais pour ses voisins de Ramallah il ne pouvait qu’être détenteur de «lingots d’or», de richesses amassées à l’étranger.
Il déplore la différence entre son retour de la diaspora et l’installation facile en Israël des juifs d’Europe de l’Est et de Russie.
«Ceux qui sont revenus après 2000 ans, comme ils disent, n’ont pas de soucis. Je les vois à la télévision parlant avec l’accent russe et heureux. Mais en ce qui me concerne, mon retour n’est que soucis et échecs», se plaint-il.
L’universitaire Fouad al-Moughrabi est revenu des Etats-Unis pour une année d’enseignement à l’université de Bir Zeit en Cisjordanie. Rien, dit-il, ne l’a préparé «au choc» du retour.

«J’ai vite compris combien j’étais loin de la réalité durant toutes ces années», écrit-il dans le «Journal des Etudes Palestiniennes».
Dans l’imagination des exilés, la Palestine est «un lieu de rêves faits d’oranges, d’olives et de dattes», précise-t-il.

Pendant ce temps, poursuit l’universitaire, ceux qui sont restés «se sont imprégné d’une culture d’occupés, agressive et manquant de courtoisie envers autrui».
M. Khader, pour sa part, s’en prend aux réfugiés de retour, qui ont selon lui perdu l’esprit révolutionnaire de l’OLP à l’étranger, au contact du luxe que confère le pouvoir dans la nouvelle Autorité palestinienne.
«On ne s’appelle plus frère ou camarade, ces termes qui à l’étranger étaient synonymes d’égalité. Il est surprenant de voir avec quelle rapidité on s’est habitué aux appellations «Excellence» ou «Monsieur», écrit-il».
«Il est impossible de reconstruire une nation comme un paradis perdu. La nation est entre nos mains, et la question maintenant est celle du passage d’une nation idéalisée à une nation de chair et de sang, de l’idéologie à la réalité», conclut-il.
JERUSALEM, 13 Mai (AFP). — Il y a des années , craignant de mourir et d’être enterré en exil, l’écrivain palestinien Hassan Khader a confié une de ses dents arrachée à une correspondante étrangère et lui a demandé de la jeter à l’occasion n’importe où en Palestine.«Ainsi une partie de moi aurait atteint le sol de la patrie», a-t-il écrit dans le dernier numéro de la revue palestinienne «al-Karmel».Mais M. Khader est retourné de Tunis à sa maison de Gaza il y a deux ans, exauçant un rêve vieux de 30 ans.Maintenant il se retrouve dans un nouvel exil. «J’ai changé, le pays a changé», dit-il.M. Khader est un des écrivains à avoir exploré récemment la nouvelle cassure dans l’identité palestinienne: le fossé entre ceux qui sont restés après les occupations israéliennes des territoires...