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Actualités - Opinion

Cette paix, si nous la méritons..

... Cette Paix que les hommes armés appellent – cette Paix qui a fui les Pays mêmes des matins calmes – en quel coin du monde s’est-elle réfugiée? Ni le berceau ni la tombe du Christ n’ont été épargnés. Et l’Etoile de Noël se lève sur une terre rouge encore des fureurs où se mêlèrent les sangs des fils d’Ismaël.
La parole dite aux hommes de bonne volonté, viendra-t-il donc le temps où elle s’accomplira? Notre foi n’aura jamais été ni plus nécessaire, ni plus difficile. L’humanité vit une des heures les plus troubles de son histoire. Tous les moyens de puissance et d’extermination ont été concentrés dans quelques laboratoires, et deux milliards d’hommes ont le sentiment d’être démis de leur propre avenir. Tout notre destin est tenu entre les mains, de quelques personnes qui, ayant mis notre bonheur en équations, s’apprêtent à déclencher la machinerie à faire sauter une civilisation.
Quelle marge, en ce Noël du milieu du siècle, est laissée à l’espérance?

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La peur fait divaguer les gens.
J’ouvre un journal très respectable, et j’y trouve le propos d’un écrivain connu qui suppute les chances de sauvegarde «de la dignité de l’homme – et de la propriété privée». – «Je préfère la Bombe aux Russes», proclame ce distingué moraliste pour qui la désagrégation de l’atome est la nouvelle figure de la Grâce. – «Et moi les Russes à la Bombe!», lui répond un lecteur, qui promet cet esthète au poteau.
Qu’est-ce donc à dire, Hors de la Bombe et du russe, nul choix n’est-il laissé à l’esprit? Tel est le ton, cependant, du dialogue de 1950; et il donne la mesure d’un désarroi universel.

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Il faudrait nous réentendre d’abord sur un objet:
Qu’est-ce que cette revendication que nous appelons la Paix? Est-ce que la Paix, ce serait simplement une absence de guerre? Une paix déshonorée, une paix injuste ou serve, «une paix pourrie», serait-ce encore la paix? Et quand nous osons nous interroger nous-mêmes, ne découvrons-nous pas que la paix est une chose d’abord que nous faisons en nous – qui ne dépend ni de l’Atome ni de la Corée – et qui se sauve ou se perd en chacun de nous?
Le vrai drame est là. Notre civilisation s’est coupée de ses racines. Si elle ne trouve pas le moyen de se réconcilier d’abord avec elle-même, retrouver la foi et les valeurs qui la firent, qu’elle n’accuse pas les Chinois de son malheur.
Les Chinois font leur travail de Chinois. Ils sont dans leur vérité, qui est chinoise. Mais si nous avons désappris la nôtre, quelle sorte de procès cherchons-nous?...

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Nous sommes bel et bien embarqués. Et la stupidité, pour chacun, serait d’imaginer qu’il pourrait, dans le cas d’un désastre commun, réussir une fuite individuelle.
Mais il n’est pas de désastre dont ne triomphe la vie. Ce dont il faut nous défendre surtout, c’est de cette psychose de l’anéantissement. Notre espèce, vieille de quelque cinq cent mille ans, n’est pas près du terme de son histoire. Les formes changeront – elles nous apparaîtront souvent monstrueuses – mais, tant que subsistera quelque part un souffle de vie avec une conscience, il y a chance que tombe la Grâce...

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— «L’Etoile allait devant eux...»; mais ils la suivaient...
Nous sommes peut-être la dernière race au monde pour qui le temps perdu à regarder le ciel est justement le temps gagné.


25 décembre 1950


* Les éditoriaux reproduits dans ces deux pages sont pris de la collection de «L’Orient» dont certains sont contenus dans le livre «Un rêve libanais», édition Fiches du monde arabe (juillet 1983).

* Les citations qui accompagnent les légendes des photos sont puisées dans les articles de Georges Naccache.
... Cette Paix que les hommes armés appellent – cette Paix qui a fui les Pays mêmes des matins calmes – en quel coin du monde s’est-elle réfugiée? Ni le berceau ni la tombe du Christ n’ont été épargnés. Et l’Etoile de Noël se lève sur une terre rouge encore des fureurs où se mêlèrent les sangs des fils d’Ismaël.La parole dite aux hommes de bonne volonté, viendra-t-il donc le temps où elle s’accomplira? Notre foi n’aura jamais été ni plus nécessaire, ni plus difficile. L’humanité vit une des heures les plus troubles de son histoire. Tous les moyens de puissance et d’extermination ont été concentrés dans quelques laboratoires, et deux milliards d’hommes ont le sentiment d’être démis de leur propre avenir. Tout notre destin est tenu entre les mains, de quelques personnes qui, ayant mis notre...