«Notre philosophie n’est pas de changer une loi pour le seul fait qu’elle nous vient d’Occident. Si elle ne porte pas atteinte à l’islam, elle est bonne», explique Ayoub al-Ayoub secrétaire général d’un comité chargé par l’émir de proposer une islamisation du système juridique au Koweit.
«Certains courants dans le monde musulman ne seraient pas satisfaits de notre approche. Ils pourraient appeler à instituer des lois complètement nouvelles, article par article», ajoute cet expert en droit maritime, formé en Grande-Bretagne.
Mis en place par l’émir Jaber al-Ahmad al-Sabah après la guerre du Golfe de 1991 qui a libéré le Koweit de sept mois d’occupation irakienne, le comité est chargé de «préparer le terrain à l’application de la charia islamique tout en respectant l’état de fait dans le pays et ses intérêts».
En clair, dit M. Ayoub, on demande aux juristes du comité de «ne pas rêver», mais d’adopter une approche «pas à pas» et qui soit «réaliste» pour le Koweit.
Le comité conseille l’émir et le Parlement, s’il le sollicite. Ses propositions d’amendements doivent être approuvées par le gouvernement et le Parlement.
Le Koweit a une longue tradition de conservatisme religieux qui se manifeste notamment au Parlement où les députés islamistes ont déjà réclamé la modification de la Constitution pour que la charia (loi islamique) devienne «la seule source de législation» au lieu de la «principale source».
Le caractère conservateur de la société koweitienne se reflète également par l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool dans le pays — même pour les non-musulmans — et l’absence de discothèques.
Ces interdictions s’accompagnent toujours d’une violente réthorique anti-occidentale, caractéristique de tout mouvement islamiste dans le monde.
Les islamistes du Koweit «croient que la société (de leur pays) s’occidentalise trop rapidement mais il ne s’agit pas d’une idéologie politique contre l’Occident», déclare un diplomate, expliquant que les activistes islamistes au Koweit forment une «force conservatrice» plutôt qu’un «mouvement politique très structuré».
«Il est tabou dans ce pays d’attaquer de front l’Occident pour des raisons évidentes, et les islamistes le savent», ajoute ce diplomate.
Depuis 1991, le Koweit compte sur l’Occident, particulièrement les Etats-Unis, pour garantir sa sécurité face à l’Irak. Les religieux conservateurs ne remettent pratiquement jamais en question l’assistance militaire étrangère.


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