Durant cette période, la Grande-Bretagne a envoyé ses troupes combattre les Argentins aux Malouines et les Irakiens dans le Golfe. A chaque fois, avec succès.
Mais lorsque le gouvernement envoya la police réprimer les émeutiers de Trafalgar Square, il dut finir par céder et par abandonner son projet tant décrié de «poll tax» (des impôts locaux qui auraient frappé chaque individu dans chaque foyer).
C’était l’époque où les chômeurs, alors plus de trois millions, étaient priés d’«enfourcher leur vélo» pour trouver du travail, tandis que les yuppies se vantaient de gagner des millions.
Les gouvernements conservateurs ont converti tous les secteurs de l’économie à une concurrence sans frein. Les télécommunications, le gaz, l’eau et l’électricité ont tour à tour été privatisés, rapportant plus de 70 milliards de livres (113 milliards de dollars) à l’Etat, et transformant en actionnaires des millions de Britanniques ordinaires.
Mais le dogme du libéralisme fut appliqué dans des proportions qui finirent par irriter l’opinion publique, outrée des ravages de cette politique dans les mines et la sidérurgie.
L’annonce des privatisations des chemins de fer et du National Health Service, le système d’assurance médicale tenu en haute estime par les Britanniques, fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.
Riches et pauvres
Beaucoup estimèrent dès lors que la politique des conservateurs se concentrait sur l’avenir des riches, qu’il s’agissait de rendre plus riches, tandis qu’ils se désintéressaient des pauvres.
«Robin des bois avait viré de bord», ironise aujourd’hui le député travailliste Michael Meacher.
Plus de dix milliards de livres de réduction fiscale ont été consentis depuis 1979 aux Britanniques les plus riches (un pour cent des foyers fiscaux), dénonce Meacher, tandis que les 50% les plus pauvres ont vu leurs réductions d’impôt rognées par la hausse des prélèvements sociaux, de la TVA et d’autres taxes indirectes.
En plein thatchérisme triomphant, les classes moyennes qui sortaient dîner en ville trébuchaient, à l’entrée des restaurants, sur des sans domicile fixe endormis sur le trottoir.
Bien sûr, Margaret Thatcher garde ses «fans», admirateurs inconditionnels qui la vénèrent de façon quasi mystique. Mais beaucoup préfèrent rappeler à quel point elle exerçait le pouvoir de manière autoritaire et centralisée, hissant l’individualisme et l’esprit de compétition au panthéon de ses valeurs sociales.
Le fait qu’une femme accède au poste de premier ministre a bien sûr suscité l’espoir des milieux féministes, mais ceux-ci furent vite déçus. De fait, Thatcher ne fit aucune concession à la gent féminine.
«Au début, je me suis dit: «Super, une femme!» explique Claire Cowley, enseignante. «Mais ensuite, elle a commencé à s’en prendre aux droits des femmes, comme le congé maternité ou les crèches».
Un des grands sujets de conversation de l’époque thatchérienne fut la hausse continue du prix des logements. Grâce à la valeur croissante de leur patrimoine immobilier, les propriétaires s’émerveillaient de gagner, en un mois, plus d’un an de salaire.
La pomme de
discorde européenne
Mais les prix de l’immobilier finirent par rechuter, beaucoup plus rapidement que prévu, lorsque les années 1980 de la «dame de fer» firent place aux années 1990 de John Major.
En 1990, le rejet massif de la poll tax et la détérioration de la situation sociale conduisirent les conservateurs à évincer sans ménagement Thatcher de la direction du parti et, en conséquence, du 10, Downing Street.
Mais son successeur semblait bien terne à la «dame de fer», une impression que l’arrivée du fringant Tony Blair à la tête du Parti travailliste ne put que renforcer.
Nombre d’électeurs propriétaires qui avaient accordé leur confiance aux tories les prirent en grippe lorsque leur patrimoine se déprécia tellement en quelques semaines que sa valeur ne couvrait plus l’ensemble de leurs dettes.
Les inconditionnels des conservateurs soulignent que «peu de gens se rappellent comme c’était affreux sous le dernier gouvernement travailliste» et rappellent la série de grèves désastreuses qui amenèrent le Labour à la défaite contre Thatcher en 1979.
«Ils ont oublié l’hiver du mécontentement», où on n’enterrait plus les cadavres, et où les rues étaient remplies d’ordures», se souvient la conservatrice Pamela Taylor.
Les travaillistes subirent pourtant, à la surprise générale, leur quatrième défaite consécutive, en 1992.
Mais ils se sont depuis débarrassés de leurs «scories» socialistes.
Quant aux conservateurs, ils se sont déchirés à qui mieux mieux autour de leur traditionnelle pomme de discorde, l’Europe. Une pomme qui pourrait avoir jeudi le goût amer de la défaite.

