Les seuls privés de droit de vote par la loi sont les malades mentaux, les traîtres, les mineurs et les pairs du royaume.
Reste l’usage qui vise à éviter au détenteur de la couronne de paraître juge et partie.
Car la reine Elizabeth est au cœur du processus électoral. Elle a dissous le Parlement à la demande du chef du gouvernement John Major. Elle nommera premier ministre le dirigeant du parti qui l’emportera jeudi, et convoquera la nouvelle Chambre élue par ses sujets.
Il semblerait inconvenant «que l’héritière présumée au trône puisse indiquer une inclination politique quelconque, ce qui serait le cas si elle déposait un bulletin dans l’urne», soulignait dès 1950 le palais de Buckingham, alors qu’Elizabeth n’avait que 24 ans.
Ses fils Charles, prince de Galles et Andrew, duc d’York, ainsi que son mari Philip, duc d’Edimbourg ne sauraient voter. Membres de droit de la Chambre (haute) des lords, ils ne sont pas autorisés à choisir les élus de la Chambre (basse) des communes.
Ses autres enfants, la princesse Anne, Edward, de même que sa sœur Margaret et la reine-mère, n’entrent pas dans cette catégorie. Ils se sont pourtant pliés à la règle non écrite.
Seuls le fils et la fille de la princesse Margaret, lord Linley et lady Sarah Armstrong-Jones, sont réputés avoir exercé leur droit civique. Ils ne font cependant pas partie du premier cercle des Windsor.
Le cas Diana
Diana, princesse de Galles, en est sortie depuis son divorce, et figure sur les registres électoraux de la circonscription huppée (et conservatrice) de Kensington and Chelsea à Londres. Rien n’indique toutefois qu’elle se départira de sa réserve. Du temps de son mariage avec Charles, elle avait eu à cœur de démentir tout esprit partisan, au vu du tollé provoqué par son apparition au côté d’un député Labour lors d’un gala de charité.
Sarah Ferguson n’est pas davantage tenue à la discipline familiale. Mais elle ne serait pas enregistrée à son nouveau domicile de Sunninghill Park, la résidence londonienne de son ex-mari, le duc d’York, où elle loge temporairement en attendant de sortir du rouge à la banque.
Les membres de la famille royale ne votent pas et les politiques s’abstiennent de les mêler au débat. «La plupart des gens adhèrent à la monarchie. Elle fait partie de nos traditions», a dit le leader travailliste Tony Blair. «Je ne puis concevoir le Royaume-Uni sans monarchie», a déclaré le premier ministre sortant.
La voix des républicains ne s’est pas faite entendre, et le Parti national écossais a cru bon rassurer en précisant qu’une Ecosse indépendante reconnaîtrait Elizabeth II sous le nom d’«Elzabeth I, reine des Ecossais».
Seul le Parti conservateur a paru chercher à séduire l’électorat monarchiste en offrant de remplacer le «Britannia» en fin de vie par un nouveau yacht royal. L’affaire a été mise entre parenthèses. En raison de l’opposition du Labour préconisant une meilleure utilisation de l’argent du contribuable, et de fuites du palais de Buckingham, faisant état du courroux de la reine.
Le cœur du futur roi pencherait à gauche? Les commentateurs royaux, d’ordinaire prompts à décrypter la pensée sinon le «body-language» des Windsor, se sont abstenus d’accoler la moindre étiquette politique.
La presse en est réduite à se rabattre sur d’autres préoccupations royales, réelles ou supposées. Elle annonçait samedi qu’Elizabeth était à la recherche de bottines spéciales pour ses quatre chiens Corgis.


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