Dans les collines de Man, à 450 kilomètres au nord-ouest d’Abidjan, ce chercheur de l’Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération (ORSTOM) marie des caféiers sauvages, mais sans caféine, à des Robusta dans l’espoir d’obtenir le premier caféier décaféiné.
«Avant, on utilisait des solvants pour obtenir du décaféiné», se rappelle-t-il avec un brin de dégoût. «Maintenant, on utilise la vapeur, mais on perd de l’arôme. Les consommateurs, surtout les plus âgés, veulent continuer à boire du café sans subir l’effet excitant de la caféine. Dommage qu’ils perdent alors le goût du vrai café», poursuit-il.
Ses premiers croisements, il les a effectués au début des années 70, à Madagascar où pousse une grande quantité de variétés de caféiers. Il les a poursuivis entre 1975 et 1986 en Côte d’Ivoire. Il y dirige depuis quatre ans la station d’amélioration génétique des caféiers de Man.
Trop de corps
Son hybride décaféiné sera le fruit d’un métissage entre le Coffea Pseudozanguebariae et le Coffea Canthora, a-t-il expliqué, lors d’un récent passage dans la capitale économique ivoirienne.
Le premier est un caféier sauvage qui n’a pas de potentiel productif, donc sans intérêt pour l’agriculture, mais qui ne contient pas de caféine. Le second, le Robusta de son nom vulgaire, est bien connu, particulièrement en Côte d’Ivoire qui en exporte environ 140.000 tonnes chaque année.
S’il a l’avantage de pousser partout, contrairement à l’Arabica qui ne se développe qu’en altitude, et d’être extrêmement résistant aux maladies, le Robusta, qui contient 3% de caféine, a le tort, au goût du consommateur, «d’être fort en bouche, amer et d’avoir trop de corps», constate Jacques Louarn.
Après une première génération d’hybrides et des expériences sur d’autres variétés, il sait maintenant qu’il peut parvenir à produire des grains sans caféïne et moins amers. Malheureusement, ils perdent en fertilité.
Toutes ses recherches tendent donc dorénavant à croiser à nouveau ses hybrides avec les meilleurs Robusta pour leur rendre leur fertilité sans pour autant perdre le caractère principal d’absence de caféine.
A cinq ans pour une génération d’hybrides, et deux générations pour une fertilité suffisante, le café décaféiné risque d’empêcher encore longtemps Jacques Louarn et son équipe de dormir.


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