Hauteur des talons, longueur des ongles, choix des boucles d’oreille, moustache ou mini-jupe interdits, les Américains venus superviser les six premiers mois de vie du parc avaient traduit mot pour mot les règles existantes outre-Atlantique sans tenir compte des traditions françaises.
Le «disney look» devait finalement entraîner une condamnation fin 1994 de l’opérateur du parc pour atteintes aux libertés individuelles et discrimination à l’embauche. Cette maladresse, accompagnée de structures américaines très hiérarchiques et rigides, continue à peser sur son image sociale en France. Pourtant, de réelles avancées ont jalonné la petite enfance de Disneyland-Paris et nombre d’accords d’entreprise ont été signés au cours des deux dernières années.
Comme une
fusée
«L’entreprise a été lancée comme une fusée, le 12 avril 1992, avec près de 12.000 personnes à bord», rappelle le directeur des ressources humaines Michel Perchet. «Il n’y avait pas d’alternative, les Américains devaient être là avec leur savoir-faire», souligne-t-il.
Or, six mois plus tard, «il fallait tout repenser dans l’urgence» lorsque les managers américains rentraient chez eux pour laisser leurs fauteuils à une direction française. Un PDG français, Philippe bourguignon, prenait les rênes au printemps 1993.
La nouvelle équipe, confrontée au spectre de la fermeture et consciente des incohérences d’un système importé des Etats-Unis, annonçait à l’automne un plan social avec 950 suppressions d’emplois, décidait de réduire à quatre les dix niveaux hiérarchiques américains et découpait le parc en 220 «small worlds» (des petites unités chapeautées par un gestionnaire autonome).
«Des erreurs ont été faites», reconnaît Michel Perchet. Mais, insiste-t-il, «la France est un monde figé avec un produit de travail d’hier», quand «les métiers de services demandent polyvalence et mobilité».
«Nous essayons d’apprendre aux jeunes un savoir-faire dans différents métiers de loisirs», explique-t-il. Un employé peut ainsi débuter la journée aux guichets d’entrée, avant de devenir serveur de restaurant.
Patrick Roger, un représentant du syndicat CFDT (socialisant), qui approuve la décentralisation en petites unités, juge néanmoins qu’elle rend difficile un contrôle des relations sociales.
Team leader
«Les mesures déjà prises sont un premier pas, mais on est loin du compte», juge-t-il, en déplorant le licenciement de 355 personnes en 1995 (les chiffres de 1996 ne sont pas encore connus). L’union locale de la CGT (à direction communiste), qui accuse la direction «de pousser les plus anciens à partir», affirme que des dizaines de dossiers pour licenciements abusifs sont soumis à la justice.
Le parc compte en moyenne près de 10.000 employés de 50 nationalités différentes, dont 8.500 permanents, des saisonniers en été et des intérimaires appelés en fonction de la fréquentation.
Dans un univers où la moyenne d’âge est de 28 ans, les syndicats ont du mal à mobiliser les troupes. «Il s’agit d’une population à la démarche individualiste, peu sensibilisée au fait social», note M. Roger.
Pour Aurélia, Française de 25 ans, employée chez Disney depuis l’ouverture, la mobilité à l’intérieur du parc évite la monotonie. Avec 6.700 FF brut (1.155 dollars) par mois, elle vit encore chez ses parents, mais exprime son enthousiasme pour un travail où elle «apprend beaucoup au contact de jeunes de toutes les nationalités».
Philippe, un Belge de 28 ans, a lui réussi à progresser au poste de «team leader» d’un restaurant. Il compte rester encore deux ans avant de vendre ses compétences ailleurs. En attendant, il pouponne les jumeaux qu’il a eus avec une employée française du parc. Car la vie sociale chez Disney, c’est aussi une ribambelle de mariages européens.


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