Cinq ans plus tard, les élections législatives anticipées sont jugées tout aussi risquées, mais les mêmes milieux estiment que le pari doit cette fois être tenté pour assurer l’entrée de la France dans la monnaie unique, alors que celui de son prédécesseur avait été jugé inutilement dangereux.
«Chirac prend un gros risque pour l’Europe», dit un responsable de la Commission européenne. «C’est dangereux mais bien joué et, de toute manière, il n’avait guère le choix».
«A priori, c’est bon pour l’Europe et pour l’Union économique et monétaire (UEM)», renchérit un diplomate.
Les responsables européens préfèrent dans presque tous les cas traiter avec des hommes politiques qu’ils connaissent, à l’exception notable du premier ministre britannique John Major.
Ils se placent donc pour la plupart dans la perspective d’une victoire de la majorité actuelle qui, malgré ses divisions, leur semble plus à même de remporter la mise et leur paraît de conviction européenne plus solide.
«J’espère que Chirac a des sondages en mains qui lui permettent de faire la pari», tempère toutefois un diplomate.
Le télescopage entre le calendrier européen et les élections françaises qui auraient dû se tenir au printemps 1998 constitue depuis longtemps un casse-tête pour les responsables européens.
Le premier semestre de l’année 1998 s’annonce chargé.
Les Quinze devront ratifier le traité de Maastricht, sélectionner des participants à la monnaie unique fin avril ou début mai, entamer les négociations d’élargissement avec les pays de l’Est, commencer les discussions sur le financement futur de l’UE et la réforme de la politique agricole commune.
«Le tout sous présidence britannique», ironise l’un des négociateurs de la conférence intergouvernementale (CIG) en cours sur la révision du traité de Maastricht.
La tenue d’élections en 1998 aurait achevé de rendre ce calendrier cauchemardesque: la campagne aurait coïncidé avec la ratification du traité de Maastricht et la sélection des participants à l’euro, formant un cocktail explosif.
Leur anticipation n’aura que des avantages pour l’UEM, assure-t-on dans les milieux européens de Bruxelles.
«La majorité pourra se consolider au lieu de continuer à s’affaiblir», dit un diplomate. «L’effritement continu de l’autorité du gouvernement est plus dangereux que le télescopage» entre échéances électorales et européennes.
Le gouvernement sorti des urnes pourra donc s’atteler si nécessaire à l’adoption d’un nouveau train de mesures d’austérité pour 1997, année dont les performances seront utilisées pour la sélection des participants à l’euro.
Il pourra aussi préparer dans la sérénité le budget 1998, qui sera pris en compte pour la monnaie unique.
«Si la majorité actuelle gagne, la probabilité que l’union monétaire démarre à la date prévue est encore plus grande», estime Patrick Mange, de la Deutsche Morgan Grenfell à Paris.
Mais faire campagne sur l’Europe n’est pas sans danger.
«Ce sera un référendum sur l’UEM», souligne un diplomate.
Ce jugement plutôt positif de l’impact d’élections anticipées pour la monnaie unique contraste avec les risques que ce rendez-vous fait peser sur la CIG, qui doit théoriquement déboucher sur un accord à Amsterdam en juin prochain.
Les responsables européens craignent que les négociateurs français ne soient paralysés par la campagne électorale.
«Cela pourrait détourner l’attention des acteurs dans la phase finale de la CIG, alors qu’il faudrait au contraire que toutes les énergies soient concentrées», dit l’un d’eux.
La position de la France pourrait aussi être affaiblie par la peur du subir les critiques des anti-maastrichtiens.
«Si quelqu’un cherche un terrain où se battre, il sera aisé d’épingler les abandons de souveraineté», estime un diplomate.
«Mais rien ne l’indique», ajoute-t-il. «La France a adopté un profil assez bas dans ces négociations et il faudra beaucoup d’imagination pour adresser des reproches à Jacques Chirac».


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