«J’ai envoyé tellement de lettres de candidature, mais il n’y a pas de travail, rien», confie le scientifique, âgé de 39 ans. Alan Hale habite Cloudcroft, un petit coin de campagne du Nouveau-Mexique proche d’une réserve indienne, loin des lumières de la ville.
Le 22 juillet 1995, ce passionné d’astronomie découvrait au bout de son téléscope l’existence de ce qui allait devenir la «comète du siècle», visible à l’œil nu dans l’hémisphère nord depuis plusieurs semaines. Son dernier passage près de la terre remonte à il y a 4.200 ans et elle ne devrait revenir que dans 2.380 ans.
Pour faire connaître sa découverte, il envoie immédiatement un message par courrier électronique à l’observatoire Harvard-Smithsonian. Quelques minutes plus tard, un autre astronome amateur, Thomas Bopp, vivant dans l’Arizona, envoie un télégramme parce que son téléphone cellulaire n’a plus de piles. La comète a maintenant un nom: «Hale-Bopp».
Une boule de
neige sale
Alors qu’il se rapproche de la terre, cet objet céleste particulièrement lumineux vaut à Alan Hale l’attention soutenue des médias du monde entier. Mais c’est à l’occasion d’un fait divers retentissant que cette attention culmine: le suicide collectif, fin mars en Californie, de 39 membres de la secte «Porte du Paradis», apparemment pour rejoindre un vaisseau spatial caché derrière Hale-Bopp.
«Ils ont dit que (la comète) était un message de Dieu. J’ai dit que c’était une boule de neige sale. Certaines personnes n’aiment pas certaines explications que leur donnent les scientifiques», assure-t-il.
La célébrité médiatique lui a permis d’être invité à donner des conférences qui lui rapportent jusqu’à 500 dollars par jour. Il est même question d’un livre, mais aucun contrat n’a encore été signé.
Il y eut aussi les voyages payés à Washington, New York, Los Angeles, en Australie, ou une croisière avec des passionnés d’astronomie.
Mais d’emploi fixe, point. Sa femme, infirmière, fournit le salaire principal. Lui a toujours vécu de contrats à durée déterminée, de conférences, de bourses d’étude.
Aujourd’hui, alors que la comète s’apprête à s’éloigner de la terre, Hale, marié et père de quatre enfants, docteur en astronomie et diplômé de l’Académie navale d’Annapolis (Maryland), aimerait trouver un travail stable dans son domaine de prédilection.
Il rêve également de créer un «Institut du sud-ouest pour la recherche dans l’espace», qui permettrait à tout passionné d’étudier cette science. La compagnie SunMicrosystems a déjà donné pour environ 24.000 dollars d’ordinateurs pour ce projet. Les commerces locaux ont commencé à rassembler des fonds.
Hale veut rester optimiste. «Tout ce que je souhaite, c’est pouvoir faire vivre ma famille et moi-même en tant qu’astronome. Après toute cette publicité, je pense que j’ai une bonne chance», dit-il.


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