«Voilà où vous trouverez vos verres en cristal», indique Shiree Darley, PDG de la société Spoornet chargée par la compagnie d’Etat de l’aménagement intérieur de ce nouveau train, en présentant un wagon pratiquement achevé dans ses ateliers de Koedoespoort, au nord de Pretoria. Elle ouvre alors un placard de bois vernis qui trône dans le compartiment entre deux fauteuils au confort inédit dans les transports en commun.
Le voyageur y dispose d’écouteurs permettant de suivre les programmes télévisés sans gêner son voisin, d’un téléphone cellulaire et d’un fax. Il peut régler le chauffage et l’air conditionné et abaisser les stores au moyen d’une télécommande. Les fauteuils enfin se transforment en de coquets lits jumeaux, qui donnent au compartiment la touche d’une chambre d’hôtels.
Les portes ouvrent sur une salle de douche privée au sol carrelé de marbre, ornée d’équipements plaqués or et munis de peignoirs en lin.
Et encore ne s’agit-il que du compartiment de base.
Salle de bains
Pour la version luxe, un divan transformable en lit deux places remplace les fauteuils, un bureau est prévu avec lecture de CD et vidéo et la salle de bains comprend une vraie baignoire.
Un valet par wagon de huit passagers — six pour la version luxe — peut être sonné à tout moment pour défaire les bagages, servir une collation ou le petit-déjeuner au lit, ou assurer le repassage.
Cette nouvelle version du Train Bleu, qui relie traditionnellement Pretoria au Cap, est le dernier-né de l’ingénieur en chef de Spoornet, Hendrik Birkholtz.
Lui-même se dit amoureux du Train Bleu qu’il classe parmi les trois principales attractions touristiques d’Afrique du Sud, avec la Montagne de la Table, au Cap et le Parc naturel Kruger.
Selon lui, la décision d’en revoir la conception a été prise en 1995, quand il a réalisé que les passagers du Train Bleu — à 90% des étrangers — se jetaient en priorité sur les prestations les plus couteuses et en réservant parfois un an à l’avance.
Le plan initial consistait à adjoindre des toilettes et douches, ou baignoires, aux compartiments. Mais Birkholtz l’a laissé tomber, explique-t-il, après un séjour dans un petit hôtel de la région du Cap où il s’est «senti particulièrement dorloté». Il a décidé alors qu’il «fallait transformer le train en un cinq étoiles sur roues».
Avec l’accord de ses supérieurs et un budget de 70 millions de rands (16 millions de dollars), il s’est attelé à «reconstruire complètement le train».
Les wagons de passagers ont été élargis de 20 centimètres, une voiture club a été ajoutée à la voiture-salon remodelée et au wagon-restaurant dont la carte a été elle aussi revisitée — «pas tout à fait de la nouvelle cuisine», précise-t-il, «mais plus délicate».
Deux classes
L’actuel Train Bleu parcourt les 1.600 kilomètres qui séparent Pretoria du Cap en 25 heures, pour un prix variant par personne de 2.500 rands (556 dollars) pour un compartiment sans toilettes à 8.300 rands (1.845 dollars) pour une suite avec salon, chambre et bain.
Le nouveau train ne comptera que deux classes — contre cinq actuellement — à 4.200 rands (933 dollars) et 4.500 rands (1.000 dollars) pour la plus luxueuse.
Outre son parcours habituel, le nouveau Train Bleu desservira deux fois par mois les Chutes Victoria au Zimbabwe, en trois jours et deux nuits pour 5.100 rands (1.133 dollars) et 5.400 rands (1.200 dollars), repas et boissons compris.
Toutefois, des passagers triés sur le volet et fortunés seront autorisés, pour 20.000 rands (4.444 dollars) par tête, à accompagner le président Nelson Mandela et ses hôtes lors du voyage inaugural prévu le 13 juin, les fonds ainsi récoltés devant servir l’une des causes les plus chères au chef de l’Etat, le Fonds pour l’enfance.


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