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Actualités - Chronologie

Châtiment par la honte

WASHINGTON, 7 Avril (AFP). – Une jeune femme avoue devant les passants avoir volé, un homme est condamné à déambuler dans les rues avec une pancarte énonçant ses méfaits, le nom d’un autre est publié dans la presse pour avoir fréquenté une prostituée: les juges américains ont désormais de plus en plus recours au châtiment par la honte.
En droite ligne des sanctions des puritains du XVIIe siècle qui, avec le pilori, cherchaient à amender un fautif en l’exposant à l’opprobre de la communauté, ce type de punitions – courant en Chine durant la révolution culturelle – fait un retour en force en Amérique sans toutefois faire l’unanimité.
Le principe du «shaming penalty» est simple. On propose à une personne en cours de jugement pour un délit relativement mineur, d’accepter de son plein gré de se soumettre à la condamnation publique et à prononcer un mea culpa vis-à-vis de la société, en échange d’une éventuelle réduction de peine ou pour échapper à la prison.
L’accusé doit en effet être volontaire puisqu’aucune disposition légale écrite ne prévoit une telle mesure. Selon Samuel Dash, de l’université de Georgetown, à Washington, ce type de sentences relève des pouvoirs discrétionnaires du juge et les personnes sont généralement ravies de s’y soumettre pour éviter l’emprisonnement.

Imagination
fertile

Et l’imagination des juges s’avère fertile.
Dans l’Illinois, un fermier condamné pour avoir frappé un voisin doit accepter pendant la période de sa mise à l’épreuve une pancarte à l’entrée de sa propriété prévenant le passant: «Ici habite un criminel violent. Vous circulez à vos propres risques».
A Boston (Massachussetts), les clients de prostituées sont condamnés à débarrasser les lieux de leurs rencontres des préservatifs qui jonchent le sol. La prostitution est interdite aux Etats-Unis.
Les juges partisans de ce genre de châtiment sont convaincus qu’il permet de donner une leçon au malfaiteur, qui se gardera bien de récidiver après une telle épreuve. Ils estiment aussi qu’un châtiment public répond à l’attente de l’opinion, satisfaite de voir le fautif de l’ordre public humilié tout en épargnant l’argent du contribuable, en réduisant les peines d’emprisonnement.
Les exemples abondent: à Syracuse, dans l’Etat de New York, des propriétaires de maisons dégradées ont la mauvaise surprise de découvrir, un beau matin, un panneau avec leurs noms, où l’on explique aux passants, qu’ils «contribuent à la dégradation du quartier».
Un juge de Floride, Larry Schack, a ordonné d’inscrire sur la porte d’une demeure, en grands caractères, qu’habite à l’intérieur un individu reconnu coupable d’avoir malmené des petites filles.
En Floride, des conducteurs arrêtés en état d’ivresse doivent placer une plaque minéralogique prévenant les autres automobilistes qu’ils sont un danger au volant, dans l’Arkansas, des voleurs doivent défiler devant le magasin où ils ont commis leurs méfaits, avec une pancarte autour du cou décrivant leurs actes.
Discours
d’expiation

Dans le Wisconsin, le juge Robert Crawford a suscité beaucoup de controverses à Milwaukee, en proposant à des petits truands de prononcer tout un discours d’expiation sur les marches du tribunal. Il avait pris le soin, auparavant, d’avertir les médias locaux...
Les critiques à l’encontre de ce type de sanctions sont nombreuses, beaucoup considérant qu’elles visent davantage à l’«humiliation» qu’à la «honte» et qu’elles sont inefficaces, ne dissuadant guère les récidivistes potentiels.
«Quelle justification peut-il y avoir à choisir l’humiliation plutôt que la réhabilitation?» s’interroge Mark Kappelhoff, de l’Union américaine pour les libertés civiques.
Relevant que les jeunes délinquants ont souvent derrière eux tout un long passé d’avanies, une «humiliation supplémentaire», selon lui, ne fera qu’«exacerber» leur dérive.
L’humiliation, poursuit-il, ne pourrait se concevoir que pour les personnes estimant faire partie de la société et qui souhaitent s’amender pour ne plus être mises à l’écart. Or, «la plupart des criminels (...) se comportent comme s’ils n’avaient plus leur place dans la société».
WASHINGTON, 7 Avril (AFP). – Une jeune femme avoue devant les passants avoir volé, un homme est condamné à déambuler dans les rues avec une pancarte énonçant ses méfaits, le nom d’un autre est publié dans la presse pour avoir fréquenté une prostituée: les juges américains ont désormais de plus en plus recours au châtiment par la honte.En droite ligne des sanctions des puritains du XVIIe siècle qui, avec le pilori, cherchaient à amender un fautif en l’exposant à l’opprobre de la communauté, ce type de punitions – courant en Chine durant la révolution culturelle – fait un retour en force en Amérique sans toutefois faire l’unanimité.Le principe du «shaming penalty» est simple. On propose à une personne en cours de jugement pour un délit relativement mineur, d’accepter de son plein gré de se...