Les pays le plus directement concernés — Yougoslavie, Macédoine, Grèce — ont renforcé la protection de leurs frontières afin de prévenir une «exportation» de la révolte qui secoue l’Albanie depuis plus de deux mois.
Mais la Macédoine, dont l’armée est la plus faible de la région et où vivent plus de 400.000 Albanais qui revendiquent une large autonomie, apparaît particulièrement vulnérable.
Le président Kiro Gligorov a mis en garde mardi contre le risque d’éclatement du pays, qui a acquis son indépendance en 1991.
La presse macédonienne n’hésite pas d’ailleurs à évoquer le spectre d’un dépeçage de la Macédoine entre la Bulgarie, la Serbie et la Grèce, en cas d’extension du conflit en Albanie.
La Macédoine a été ces dernières semaines le théâtre de manifestations étudiantes anti-albanaises, où des jeunes ont prôné des «chambres à gaz pour les Albanais», tandis que les Albanais de Tetovo (ouest) ont célébré la victoire de leur parti aux municipales en scandant: «Ici, c’est l’Albanie».
L’un des chefs de ce parti, Menduh Taci, a estimé, dans une interview publiée à Belgrade, que si la crise en Albanie ne débouche pas sur un dialogue entre les forces en présence, «toute la région sera en danger»
Il a préconisé l’envoi en Macédoine d’une force de l’OTAN, le millier des Casques bleus de l’ONU déployés depuis 1993 dans ce pays n’étant pas à même, selon lui, de protéger ses frontières.
«Le moindre incident frontalier risque d’entraîner une incursion d’Albanais armés (…), et seules des troupes de l’OTAN pourraient discipliner le voisinage de la Macédoine», a-t-il dit.
Le cas du Kosovo
Le président albanais Sali Berisha a toujours milité pour une sécession des près de 2 millions d’Albanais vivant au Kosovo (sud de la Serbie) et au Monténégro, tandis que les dirigeants de Skopje lui ont prêté le dessein de promouvoir la création d’une «Grande Albanie» regroupant les quelque 7 millions d’Albanais des Balkans.
De son côté, Ibrahim Rugova, le chef des Albanais du Kosovo (à la frontière avec l’Albanie et la Macédoine), région reprise en main en 1989 par le président serbe Slobodan Milosevic, a déclaré qu’«un Kosovo indépendant» demeure son objectif prioritaire.
Il a estimé que le Kosovo devrait être placé «provisoirement sous protectorat» international afin d’y prévenir un conflit interethnique.
En même temps, la forte implication de la Grèce et de l’Italie dans le règlement de la crise albanaise inquiète au Kosovo les éléments les plus radicaux qui y discernent les contours d’une «coalition» préjudiciable à leurs visées irrédentistes.
La Grèce, qui se dit prête à aider l’Albanie à restructurer son armée, est inquiète pour sa minorité dans ce pays (300.000 selon Athènes, moins de 55.000 selon Tirana).
La Macédoine affirme pour sa part que 30.000 Macédoniens vivent en Albanie, tandis que Belgrade estime à 25.000 le nombre d’Albanais d’origine serbe et monténégrine souhaitant émigrer en Yougoslavie.
La Macédoine voit traditionnellement d’un mauvais œil tout rapprochement entre Athènes et Tirana, jugeant qu’il est de nature à la fragiliser et à l’inciter à s’allier à la Serbie.
La première visite en Macédoine d’un membre du gouvernement grec, le chef de la diplomatie Theodore Pangalos, avait contribué à calmer les appréhensions de Skopje.
Les deux pays se sont dits prêts à régler le litige qui les oppose à propos de l’appellation de la Macédoine et ont affirmé leur attachement à l’intangibilité des frontières dans les Balkans.


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