Butrint, seul site albanais inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, a été pillé à plusieurs reprises au cours des dernières semaines par les bandes armées qui règnent en maître dans la région de Saranda depuis le début de la rébellion dans le sud albanais.
Le musée, installé sur une hauteur dans une forteresse vénitienne restaurée, a lui aussi été entièrement dévasté et depuis ses portes sont ouvertes à tout vent.
Pour tenter d’empêcher de nouvelles dégradations, Kaiti Hatzi, une archéologue grecque qui fouille l’Acropole de Butrint depuis 1991, a lancé mardi un véritable cri d’alarme. «La situation est dramatique, il faut à tout prix faire quelque chose pour sauver ce qui peut l’être encore», a-t-elle déclaré en soulignant que «Butrint est un site remarquable et unique». Selon elle, il recèle notamment près de 200 inscriptions uniques de l’époque hellénistique traitant de la libération des esclaves.
L’archéologue s’est adressée aux ministères grecs de la Culture et des Affaires étrangères ainsi qu’au comité grec de l’UNESCO et à la Commission européenne pour que «des mesures de protection du site soient prises immédiatement».
Elle a l’intention de se rendre à la fin de la semaine à Saranda, en compagnie de sa collègue albanaise Astrit Nanaj, chef du département des antiquités de Saranda.
Selon elle, les dégâts provoqués par les pillards sont déjà considérables. De plus, le département archéologique de Saranda a également été saccagé et toutes les archives concernant les fouilles de la région ont été dérobées.
Avant l’insurrection, Kaiti Hatzi et Astrit Nanaj avaient cependant transporté à Athènes une collection de 120 pièces de monnaies de l’époque classique pour être restaurée au musée numismatique d’Athènes.
Astrit Nanaj et le responsable des monnaies du musée de Tirana sont depuis à Athènes pour préparer la publication de recherches concernant les monnaies de Butrint.
Depuis qu’elle fouille Butrint, Kaiti Hatzi a mis au jour de nombreux objets dont un statère (pièce de monnaie) en argent de la fin de l’époque archaïque (VIIIe-VIe siècle avant JC), des céramiques incisées et des graffiti sur tessons datant de la fin de l’âge du bronze qui attestent selon elle que la fondation de Butrint est liée à la tradition troyenne. Butrint aurait été fondée selon cette tradition par Helenos le fils de Priam, le roi de la Troie homérique.


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