«Les mitrailleuses en tête et en fin de convoi, les clients n’aiment pas ça», explique un voyagiste qui travaille surtout avec la clientèle francophone.
Depuis la capture de quatre touristes allemands, «j’ai reçu plus de clients allemands pour Maarib», théâtre de la plupart des enlèvements, a déclaré un employé d’agence. Sept autres Allemands avaient pourtant été détenus pendant neuf jours début mars dans cette même région de l’est du pays.
Mercredi, elles étaient 31 voitures à prendre la route de Maarib, avec une majorité de passagers allemands.
Le voyagiste francophone a constaté le même engouement après l’enlèvement de 17 Français en janvier 1996. «Il y a eu un boom de demandes», dit-il.
«Le tourisme est un secteur en expansion» dans ce pays pauvre en recettes, note un diplomate de haut rang. Les Allemands et les Italiens forment les plus importants contingents de visiteurs, devant les Français et les Espagnols.
Le nombre de touristes venus au Yémen en 1996 est estimé entre 50.000 et 60.000 par la plus importante ambassade européenne. Les statistiques officielles, sujettes à caution, le fixent à 75.000 contre 61.000 en 1995.
Jeudi, Martin Teibinger et Klaus Hoefler, deux Autrichiens de 24 ans, ont été arrêtés à un barrage routier à la sortie de Sanaa alors qu’ils voulaient visiter les villages à l’ouest de la capitale.
Leur taxi a dû rebrousser chemin et «une sorte de policier», selon leurs dires, les a emmenés à la Corporation générale du tourisme, où on devait leur délivrer un laisser-passer.
Mais un employé échevelé et mal rasé leur a alors recommandé très aimablement de passer par une agence de tourisme, qui pourrait organiser leur déplacement avec escorte militaire. Les deux étudiants en géographie ont pris leur mal en patience.
Sont-ils déçus d’être venus au Yémen? «Pas encore», répondent-ils en riant.
Depuis le dernier enlèvement de quatre touristes allemands, le 27 mars, le gouvernement renforce les mesures de protection et les interdictions de circuler, mais «ça fait un peu de désordre», regrette un voyagiste.
La province de Chabwa, un des accès à la vallée spectaculaire de l’Hadramout, dans l’est du pays, est interdite jusqu’au 10 mai.
Les ruines millénaires de Barakech, que les derniers otages avaient été visiter au nord-est de Sanaa, et les montagnes de Chahara au nord-est de la capitale sont également fermées.
Le massif de Chahara, refuge des imams zaydites (une secte chiite) contre les envahisseurs ottomans, est un des sites les plus saisissants du nord du Yémen. Mais ses tribus ont la réputation d’être «fêlées».
Une agence au moins avait déjà retiré Chahara de ses circuits, refusant de payer les taxes tribales trop changeantes, de 5.000 à 8.000 ryals par voiture (40 à 64 dollars). «Un vrai racket», s’indigne son directeur.
Les interdictions de se rendre à Chabwa et Barakech sont récurrentes, explique un autre directeur d’agence, qui cherche à minimiser les inconvénients.

