Selon les rapports parvenus à Beyrouth, le souverain hachémite a pressé le président Clinton d’intervenir sans plus tarder, en multipliant les échanges bilatéraux avec les différents protagonistes qui attendent en ligne (Israéliens, Palestiniens, Syriens... et personne ne parle des Libanais), ou encore mieux en les amenant à se rencontrer chez lui à Washington. Après quoi il enverrait, recommande encore Hussein, Albright dans la région pour une navette dont la réussite, bien préparée, serait garantie. Ces mêmes rapports soulignent que le souverain jordanien a beaucoup insisté sur le cataclysme que représenterait l’arrêt du processus de paix pour les régimes arabes modérés qui seraient alors confrontés à une redoutable montée en puissance des mouvements intégristes comme des Etats de la région qui ont refusé d’adhérer à l’opération de paix. Lesquels Etats paraîtraient alors, aux yeux de l’opinion arabe, avoir eu entièrement raison, la preuve étant alors définitivement faite qu’Israël ne veut pas d’une paix véritable et ne cherche qu’à asseoir son hégémonie dans la région, comme le laissent comprendre les continuelles provocations de Netanyahu. Aucun doute que l’Iran, en cas de fiasco consommé du processus, se retrouverait en position de force et pourrait facilement magnétiser les masses islamiques, Arabes en tête, pour les mobiliser à ses côtés dans la lutte qu’il livre aux Etats-Unis, en se dégageant sans problème de l’étau isolant dans lequel ces derniers tentent de l’enfermer.
hypothèse
Toujours à Beyrouth, les officiels suivent également avec intérêt les nouvelles faisant état de la possible formation en Israël d’un Cabinet d’union nationale englobant les travaillistes, Netanyahu lui-même indiquant qu’il est actuellement en train d’étudier cette éventualité. On sait que depuis son avènement, les Américains n’ont cessé de lui conseiller de faire équipe avec les travaillistes pour aborder la dernière phase — la plus importante — des négociations avec les Palestiniens, pour que le «contrat» final ne puisse être contesté en Israël par aucune force politique majeure. Mais aussi, et surtout, pour neutraliser les cinq formations ultras opposées à un réglement et qui font partie de l’actuel Cabinet aux côtés du Likoud. Le président Clinton, pense-t-on à Beyrouth, insistera beaucoup auprès de Netanyahu lorsqu’il le recevra à la Maison-Blanche, sur cette question de gouvernement de coalition avec les travaillistes, en lui démontrant qu’un tel développement non seulement faciliterait la reprise des pourparlers mais aussi laverait l’image du premier ministre israélien tout à fait ternie en Occident par les initiatives prises pour complaire aux ultras. Ceci sans compter qu’un virage en direction de la paix renforcerait les courants arabes modérés et contribuerait par là à réduire les risques que les extrémistes palestiniens font courir à la sécurité d’Israël, thème prioritaire dans l’optique de Netanyahu.
Mais pour séduisante que semble la promotion gouvernementale virtuelle des travaillistes israéliens, réputés plus pacifistes que le Likoud, un certain nombre de remarques flottent actuellement dans l’air:
— Si le Likoud et la gauche ne se mettent pas préalablement d’accord sur un programme détaillé de gouvernement — et partant de négociations —, ils en viendraient à se disputer sur chaque point des pourparlers et ce serait derechef le blocage. Or il leur est difficile par priori de s’entendre, puisque leur interprétation respective du mot «paix» est tout à fait différente et en tout cas, pour qu’ils parviennent à un compromis, il faut sans doute compter plusieurs mois...
— A propos du compromis entre les deux principales forces politiques israéliennes, on peut justement se demander si les travaillistes vont réussir à tirer le Likoud vers les principes de Madrid qu’il récuse ou si c’est le contraire qui va se produire, auquel cas on peut également dire adieu au processus...
— L’unification des rangs israéliens au niveau officiel peut en définitive n’être pas à l’avantage des Arabes, car l’Etat hébreu se retrouverait plus fort pour négocier et pour accentuer encore plus l’habituel parti-pris dont les Américains le font bénéficier. Dès lors il vaut peut-être mieux souhaiter une aggravation de la crise politique intérieure en Israël qui déboucherait sur des élections législatives anticipées redonnant le pouvoir aux travaillistes, plus modérés, sans trop les renforcer...
E.K.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir